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Lundi 1er janvier
Au chaud dans notre nid lyonnais, un tendre et joyeux passage du six au sept, en se souhaitant une heureuse conception pour cette année. Quelques mets goûteux (apéritif varié arrosé d’une blanquette de Limoux avec crème à la fraise et aux fraises des bois ; foie gras d’oie artisanal ramené de Corrèze accompagné d’un Sauterne 2004 ; boudins blancs aux morilles avec son fagot lardé de haricots verts soulignés par un Cahors 2004 ; bûche glacée aux chocolats), une émission distractive, quelques cadeaux (restes du Noël Saint-Crépin non fêté) : de la pure symbiose avec ma BB.
Après avoir fait paraître sur mon blog LD pamphlétaire et sur le site Points communs.com les passages écrits les 24 et 26 décembre sur ma feue grand-mère, des courriels d’hommage à la
qualité sensible de mon texte. Pas une fausse note dans ces réactions de personnes inconnues mais touchées par mon témoignage d’amour. Ne devrais-je pas verser dans l’écriture sensible, celle dans laquelle peut s’identifier le lecteur du hasard, plutôt que de rester chevillé à la plume incendiaire… Même si l’évolution de ma tonalité littéraire m’a fait passer du pamphlétaire au réfractaire, l’essentiel reste constitué d’attaques tous azimuts.
Reçu hier un mail de S. (qui signe Hermione, le prénom que je lui attribue dans la version publiée de mon Journal) suite à un mailing par courriel à tous mes contacts pour les prévenir de l’ouverture d’une nouvelle adresse e-mail, l’ancienne servant comme moyen d’identification lors des référencements de mes blogs sur des moteurs de recherche et étant polluée, de ce fait, par d’innombrables spams indésirables.
Courriel étonnant de Hermione donc : un ton recherché d’une femme qui se veut en retrait du monde, désespérée par les ruptures familiales cumulées, mais commençant à vivre à l’aune de ses rêves d’enfant dans une magnifique propriété située dans le Lot. Son exécration de la Somme, et de Chaulnes en particulier, s’explique par les époques sombres qu’elles incarnent. A la fin, elle rend hommage au garçon (tel un frère) qui a partagé quelques années de son enfance. Nos retrouvailles, si elles ont lieu un jour, concentreront toute l’émotion cumulée de cette complicité enfantine perdue à jamais, en route déjà vers les désabusements nostalgiques. 
Je garde ce surprenant courriel comme une trace de cette chère Hermione, artiste talentueuse et incarnation des moments féeriques d’une tranche de mon enfance.
Dans l’actualité de la fin 2006 : la mort d’un James Brown à bout de souffle et l’exécution à la va-vite de Saddam Hussein qui acquiert ainsi, pour une bonne partie du monde arabo-musulman, le statut de martyr. Encore une erreur fondamentale dans la gestion du chaos irakien…
Jeudi 4 janvier
Une bien maussade humeur, sans explication rationnelle. Aucune envie d’échanges, de conversations, de dialogues. Il me faut une quarantaine volontaire.
Passage des parents B, de la sœur et de la marraine de BB pour le dîner : nulle envie de prendre part à la convivialité. Peut-être la résultante d’une surabondance d’instants collectifs. Besoin vital de retrait.
Dimanche 7 janvier, 23h20
Quelques heures de sommeil avant une rentrée sans temps mort. Les moments de recueillement et de délassement doivent être délaissés.
Vu ce soir la magistrale et dramatique interprétation de Harpagon par le tonitruant Serrault. L’acariâtre personnage, par cette incarnation, appelle un peu plus encore l’antipathie. De Funès l’avait allégé d’une nervosité comique, Serrault l’assombrit de tous les vices médiocres. Les déambulations des personnages dans cette austère, mais labyrinthique demeure, insuffle une vitalité à cette version où chaque virgule du texte semble avoir été respectée.
Avant extinction, quelques lignes du défenseur de feu Revel, Pierre Boncenne, qui démontre aisément la pesanteur ou la volonté méprisable d’une bonne part de cette prétendue élite intellectuelle qui a tout fait pour ignorer, minimiser ou déformer l’œuvre majeure de ce journaliste-penseur, de cet essayiste hors pair. Vive Revel !
Jeudi 11 janvier
Le rythme des semaines pro reprend sa pleine place, après cette parenthèse émotionnelle. Les aspirants lieutenant ont fait leur entrée en formation, l’équipe des intervenants occupe la brèche, et je me fonds dans ce rôle de modeste formateur de centre privé. Par fainéantise sociale, j’ai hypothéqué tout plan de carrière. La dérisoire rémunération versée, l’absence d’évolution possible dans cette micro structure, le bien-être global des conditions de travail, tout cela forme une niche dont j’aurai du mal à m’extraire par ma volonté.
Hommage à Samuel Etienne et à sa troupe de bretteurs renouvelée chaque soir pour s’indigner sur l’actualité. Le N’ayons pas peur des mots surnage parmi les quelques très rares émissions télévisées auxquelles je me suis fidélisé. Entre invectives et raisonnements, la variété des profils assure à l’émission un souffle vivifiant. 
Alors laissons-nous porter par les indignations de l’olympien Tesson, tirons à coup de sondages aiguisés par Jean-Marc Lech, récoltons les fines analyses de Bénamou, accrochons la barytonne bourrasque vocale de maître Spiner ( ?), noyons-nous dans la radicalité aux yeux clairs de Clémentine Autin, achevons les adversaires avec le doublé dirigeant de Marianne chez Charlie, voguons de métier en métier pour déterminer qui argumentera davantage du publicitaire à l’auteur, du politique à l’avocat…
Samedi 13 janvier, 0h30
De retour d’un agréable dîner chez Aline et Pedro. Leur petite a bien poussé et grossi, mais la maman semble se lasser de cette quotidienneté à pouponner. Pas d’insurmontables problèmes, mais de petites tensions à gérer. Sa volonté, dès que possible, est de retrouver une situation professionnelle qui corresponde à ses recherches. Pedro semble prendre avec philosophie les quelques difficultés d’acclimatation de son épouse. Pour le reste, toujours de l’harmonie.
9h30. Pas toujours contempteur des profils de jeunes gens à former. Dans le groupe des SPP1 de cette année, une dizaine
d’éléments à la mentalité joyeuse, mais studieuse, emmenée par la pétaradante Marie-Lyne B., issue de Nouvelle-Calédonie, qui me témoigne un gratifiant intérêt pour mes interventions. Cette semaine, au début d’un des cours, un petit hippopotame en peluche m’attend sur la table avec un gentil petit mot de la part des SPP1, en réalité de cette Marie-Lyne et de ce noyau complice. Très touché par la démarche.
La vase ou le mur
Au-delà d’un penchant naturel, mon métier nécessite le suivi attentif de l’actualité. La petite musique préélectorale française, où se multiplient les notes discordantes, semble rassurer sur la santé démocratique de notre pays, pour les partisans de ce système. 
Ce qui navre, c’est l’absence sidérante du thème européen. Depuis le rejet grotesque du projet de traité constitutionnel, la démonstration de l’immaturité du prétendu « camp du Non » s’est ébrouée d’indigne façon : aucune union constructive n’a été accouchée de leurs gesticulations en fanfare, aucun interlocuteur crédible n’a pu porter leurs protestations scandées comme une première marche fondatrice d’une nouvelle Europe : rien, nada, nib !
Malheureusement, tout ce que j’avais écrit au moment de la campagne référendaire, dénonçant l’illusoire union en cas de triomphe du Non, a pris corps dans la trajectoire de ces Fabius, Buffet, Besancenot, Laguiller… sans parler de la part qui revenait aux Le Pen, de Villiers, Dupont-Aignan et qui, d’entrée, ne pouvait être associée à l’élan salvateur claironné.
De quoi se compose-t-il aujourd’hui ce fumeux mouvement ? D’une bande de falots drilles incapables de s’accorder sur une personnalité unitaire aux élections présidentielles, condition minimale pour peser, un tant soit peu, aux législatives. Pitoyable résultat à l’image des arguments malhonnêtes enfournés dans l’esprit d’une majorité de citoyens. Amer ? Oui, je le suis d’avoir trop eu raison ! L’opportunisme en couches de ces nauséeux carriéristes a sali et embourbé la construction européenne.
A vingt-sept, engoncée dans des règles institutionnelles trop étriquées, l’UE va hoqueter pour tenter de faire bouger cette
ingérable mosaïque. L’erreur première est d’avoir voulu mettre la charrue avant les bœufs : faire entrer douze nouveaux membres avant d’avoir instauré un cadre constitutionnel viable… un non-sens à la portée du premier candide en stratégie politique débarqué. Sans doute, les concepteurs de cette marche à suivre n’avaient-ils pas appréhendé la funeste inspiration de notre Président, puis des Pays-Bas, de consulter le peuple sur cette complexe question.
La France, initiatrice du projet par la voix de Giscard d’Estaing, a fait son caprice, mécontente d’une situation qui lui a garanti plus
d’un demi siècle de paix et de développement socioéconomique. Aujourd’hui, aucun candidat à la présidentielle qui soutenait le Oui au traité (curieux, c’est parmi eux qu’on trouve ceux qui ont une chance d’être élu…) n’ose dire que le choix français a été une foncière erreur, que la majorité du peuple s’est fait berner par des agitateurs démagogiques, que la réalité des manettes pour gérer le pays se trouve à Bruxelles et non à Paris, que sans l’UE nous serions encore plus marginalisés sur la scène internationale… La construction européenne a disparu des discours médiatisés.
L’ère démocratique continue donc à nous gratifier des tours d’illusionnistes aspirant au pouvoir : promesses avec des caisses vides, belles lois sans décret d’application, politique étrangère hypocrite à l’égard des superpuissances émergentes faute de poids de l’Europe politique, tours de manège gratuits, destination la vase ou le mur. On végète dans nos illusions ou l’on s’écrase brusquement, à bout de souffle.
A moins que le providentiel revienne faire un tour dans nos contrées, à moins que l’électorat soit soudain saisi d’une lucidité constructive (encore faut-il que ce qui lui est présenté le lui permette). L’onirisme maintient en vie, à défaut d’enthousiasme.
Dimanche 21 janvier
Par un courriel titré Clap dernière ! j’ai mis un terme aux récentes retrouvailles (à distance) avec Hermione qui, finalement, se complaît dans la singerie d’un autre personnage : l’atrabilaire Carabosse.
Après un premier échange touchant, réaction à mon texte sur ma feue grand-mère, dans lequel elle campait, avec quelque talent (et sans doute l’aide de son compagnon) ses conditions contrastées de vie, le ton a vite changé.
N’ayant pas admis mes propos dans La vase ou le mur, elle m’adresse une contre-argumentation pointant quelques signes d’attaques intuitu personae. Saisissant l’occasion d’établir une correspondance polémique, je souligne ce qui m’apparaît comme des points de faiblesse dans ses propos, mais en prenant garde (mon instinct ne m’y incitant d’ailleurs pas) de ne lancer aucune insulte à son égard. Hier, quelques jours plus tard pour peaufiner ses effets, je reçois un pseudo commentaire de ma réponse, mais vrai catalogue d’injures à mon endroit.
Ne me soumettant pas à sa première logorrhée, elle s’essaye à l’indigne charge, sous prétexte d’avoir décelé du condescendant dans mes propos. C’en est donc terminé aussi avec cet enfant de sang de Heïm. Hubert l’arriviste, Alice la déjantée et Hermione l’infâme : beau trio ! Aucune envie de perdre mon temps avec ce qui s’apparente à du sous-Heïm sans finesse. Qu’elle reste dans ses certitudes d’incomprise et ne vienne plus m’importuner. Six lignes de courriel pour l’évacuer, c’est bien assez.
Lundi 22 janvier
D’un hommage l’autre
Me restera en mémoire une vie enrichie par les combats d’une
générosité renouvelée. En traversant le vingtième siècle, rien n’avait altéré son enthousiasme. Frêle silhouette à la fin de ce parcours, le mental persistait sans faille, jusqu’au bout de soi dans ses possibles. L’âge ne devait surtout pas avoir l’emprise de l’abandon de ses espérances, et sa croyance ne déviait jamais vers l’intolérance intégriste ou le conservatisme stérile.
L’approcher, c’était s’illuminer par ses grognes spontanées contre les injustices régnantes.
Cette capacité à affronter la douleur et les aléas d’un physique qui vous trahit, caractérisait son abord de l’existence.
Ce fond d’allant vers l’autre répondait, sans doute, à un besoin d’affection aux explications familiales. L’altruisme en mode de vie s’exhalait naturellement d’une dévotion spirituelle sincère. Moi, mécréant égaré s’il en est, j’en étais très touché. Etre entouré, pour rester en phase avec sa dignité de vie, d’action et restituer ainsi toute l’amplitude de sa bonté, voilà son humanisme premier.
Elle est morte à 94 ans, le 26 décembre 2006, c’était ma grand-mère ; il est mort à 94 ans, le 22 janvier 2007, c’était l’abbé Pierre.
Samedi 10 février, sans doute autour de minuit.
Soirée de retrouvailles chaleureuses chez maman et Jean, avec Jim et Aurélia, autour d’un Loto déjanté. Au sixième ou septième lot, le téléphone : Candy, la fille de Jean, est en larmes après des violences échangées avec son compagnon (le projet de séparation était décidé pour la fin de semaine prochaine). Suspension des festivités, Jean va la chercher à Paris. Malheurs cumulés pour nos fêtes : après un Noël endeuillé, une réunion de février entachée par cette violente fin sentimentale. La maman de Candy tutoyant la mort, nous avons d’abord cru à un décès traumatisant, mais prévisible. C’est finalement la sordide violence d’un couple à l’agonie qui aura rompu le charme insouciant de la soirée.
Découverte d’une facette insoupçonnée de l’adolescence de Jim :
aux pires moments, il s’est adonné au caillassage des trains et au vol en bande organisée, entre autres méfaits. Il reconnaît aujourd’hui l’extrême stupidité de ses agissements. Parti du domicile maternel alors qu’il n’avait que quatorze ans, je n’ai pas connu son interlope période, mais maman s’est alors laissé berner, lui faisant totalement confiance.
A méditer : l’existence des êtres que l’on connaît, que l’on côtoie, est toujours plus complexe que celle qu’on se figure. La tendance simplificatrice…
Dimanche 11 février
Noël 2006 et anniversaire de maman en une soirée : nous avons encore été bien gâtés avec, notamment, un lecteur-enregistreur-graveur DVD de 160 gigas.
Le jour saint de notre-sainte-mère-Marie, hommage à son premier miracle, choisi par Ségolène Royal pour présenter ses choix politiques dans le fouillis des débats participatifs.
Un Vote, sinon Fin !
Sans doute, à 37 ans, voterais-je pour la première fois, en avril prochain, évoluant ainsi dans mon rapport au système démocratique. Toujours aussi circonspect dans mon approche d’un mode électif qui considère d’égale manière celui qui arrête son choix (quel qu’il soit) par une démarche réflexive et celui qui va tirer au sort le bulletin à glisser dans l’enveloppe, celui qui va mettre en perspective, comparer les programmes dans une connaissance minimale des institutions et le je m’en foutiste ignare tout juste bon à brailler ses desideratas, je me résous à jouer le jeu. Toujours aussi critique de règles qui n’accordent aucune place efficiente au vote blanc, je m’efforcerai de me rendre dans l’isoloir, même si mon choix n’entre pas dans les pourcentages retenus comme poids politiques.
A force de m’imprégner des atrocités commises dans d’autres
pays, des dérives autocratiques de régimes à façades démocratiques, des luttes sanguinaires entre d’un côté le détenteur du pouvoir et ses sbires, de l’autre les opposants gourmands de cette place, je relativise les défauts de notre régime et de ses actants, au point de me sentir comme un devoir de me rendre aux urnes.
Les coups bas des adversaires de cette campagne fleurent bon la lutte entre gens civilisés au regard des voies adoptées dans d’autres contrées. A force de focaliser son esprit contempteur dans les seules limites de l’hexagone politique, on omet de s’informer des pratiques alentour. Même nos partis extrêmes (de gauche et de droite) ont épousé les règles pacifiques du débat démocratique.
Cela mérite un petit hommage à la Cinquième république (que certains voudraient dénaturer), à quelques mois de son cinquantenaire : elle a contribué à la pacification (au sens physique) des échanges politiques et à une certaine stabilité des pouvoirs en place, sans empêcher l’alternance.
Ne dérivons pas non plus vers la naïveté en gros sabots du tout-va-bien-madame-la-marquise : la fibre de certains de nos compatriotes n’a pas plus de vertus consubstantielles que celles des barbares qui officient au Proche-Orient, en Afrique ou en Asie. Intensifions un chouia le nombre de laissés pour compte, attisons les antagonismes sous-jacents des communautés et le barbare réinvestira sans peine nos cieux.
La quête obsédante du pouvoir, pour certains, incline à défendre ce perfectible système démocratique. Ne pas laisser les gouvernants légalisés par les urnes se supposer légitimes pour une occupation pérenne, signe de tous les maux autocratiques. Les idéologies, même les plus généreuses dans les objectifs, ne résistent pas à la captation des manettes de direction. 
Quoiqu’on puisse être sévère avec ces agitations alambiquées des contre-pouvoirs, des gueulantes syndicales dans l’aventure écourtée du CPE aux levées de boucliers de l’institution judiciaire après les rudoiements verbaux du juge Burgaud par le législatif, en passant par la confrontation des prétendants à l’Elysée : tout cela révèle, finalement, la limitation dans l’exercice du pouvoir.
Le sens moral de l’être humain ne compense pas, en général, son irrépressible, et parfois dévastateur, penchant à satisfaire ses envies, ses intérêts, ses ambitions. La démocratie, malgré son infect avatar, le clientélisme opportuniste, parvient à modérer ce qui, chez le politique, pourrait l’incliner à bien pire que la démagogie.
L’aspiration utopique au meilleur des systèmes de gouvernance fait rejeter ce mécanisme de l’élection qui confie à un peuple cumulant les défauts le soin de désigner le premier d’entre eux. La maturation évacue ce leurre d’une meilleure mécanique institutionnelle au profit d’un réalisme initial.
Mardi 13 février
De retour à Lugdunum, après deux denses journées de tourisme à Paris. Vagabondage sur les terres d’élection de mes études juridico-littéraires. En ces temps studieux, je ne songeais guère à profiter du quartier latin dans son débordement de vie estudiantine. De l’ancienne à la Sorbonne nouvelle, je consacrais le strict nécessaire à la prise du savoir délivré, sans prolongement humain. Sitôt achevées mes obligations en amphi ou en salle, je filais vers mes lieux de recherches éditoriales : bibliothèque nationale ou l’historique de Paris, au premier chef. Réfractaire toujours pressé, j’ai sans doute hypothéqué d’innombrables instants de complicité humaine d’où auraient peut-être émergé quelques contacts utiles pour une suite carriériste.
De ces promenades, la trace des années passées : une BN sans plus la bousculade à l’entrée de la cathédralesque salle de lecture. Vide de tout, êtres et bouquins en symbiose, depuis le transfert des fonds à la TGB
Mitterrand. Quelques images surgissent dans cette ambiance feutrée : mon premier contact avec la resplendissante Shue (amie iranienne dont j’ai de moins en moins de nouvelles) en 1996, à la recherche de références pour son mémoire et que j’ai gourmandement aidée ; les joyeux échanges avec Nadette (perdue de vue) qui bûchait sur sa thèse dans la salle des manuscrits…
En rapide panorama : quelques pas en haut de l’Arc de triomphe pour laisser plonger son regard dans les dessins géométriques des impériales avenues, sur les terrasses paradisiaques ; descente au bras de ma belle des Champs Elysées pour se croire emportés par quelque bourrasque qui nous surdimensionnerait ;
autre descente, recueillie celle-la, dans les labyrinthiques couloirs de la crypte du Panthéon. Entre toutes les tombes, celle des Curies retient l’attention émue par les multiples petits mots dans toutes les langues déposés par les visiteurs…
Fin des réflexions sur le système démocratique : se laisser convaincre par le pis-aller des discours, jauger chacun sur la combinaison d’une audace porteuse d’espérance et de réalisme gestionnaire évitant les déconvenues récurrentes. Les adaptations du discours à l’estrade occupée, à l’auditoire courtisé.
Dimanche 18 février, 22h40
Fini la semaine de délassement : une reprise chargée avec une majorité d’interventions pour les Lieutenants.
Cette campagne électorale laisse planer une curieuse atmosphère. Les ratés de Ségolène Royal en bisbille avec la maison mère rue de Solférino et les pontes déchus lors des primaires ; l’emballement dispendieux de Nicolas Sarkozy rappelé au réalisme budgétaire par quelques membres de son équipe (Fillon suivra-t-il la voie de Besson ?) ; la tentative bayrounienne de s’imposer comme la seule alternance crédible avec sa tonalité révolutionnaire centriste ; l’enjolivement du discours lepéniste pour atteindre la respectabilité politique (merci à Marine et à l’essayiste… ami de Dieudonné !) ; l’agitation parsemée des partis à la gauche du PS qui démontrent, une fois de plus, leur incapacité à se rassembler pour peser : ce jeu d’ombres et de lumières fascine, inquiète, rassure, tour à tour. A suivre…
Vendredi 23 février
A l’ère de la précampagne…
« Songs from the Labyrinth » du créatif Sting, jusqu’ « Où vont les rêves » du swinguant Jonasz bercent mes trois osselets. L’air de la précampagne n’a pas les mêmes atours. Chacun s’essaye au meilleur numéro, alternant la bonne figure consensuelle dans les émissions politiques et les chants belliqueux sur les estrades des meetings enflammés.
Les faux-semblants ne se camouflent même plus. Nous annoncera-t-on le suicide physique, après le politique, d’Eric Besson écoeuré par la tambouille malodorante de l’équipe Royal ? Certes, on peut toujours élargir ses frontières pour se convaincre du moindre mal qui règne ici, mais cela ne doit pas nous incliner à la posture de la « carpe autruchée ». Savoir de Villepin rongeant son frein, apprendre que Jospin vient de digérer son chapeau, suivre les tribulations
chiraquiennes et s’inquiéter de la tournure des extrêmes, de l’égorgeuse de patrons à l’empapaouteur du 11 septembre : le panorama s’impose à longueur d’antenne. Encore un coup à me faire bouler d’AgoraVox pour article insuffisamment argumenté !
Alors approfondissons : la parole politique, que vaut-elle ? Lorsqu’on affirme se retirer de la politique et que l'on rapplique sans crier gare, lorsqu’on clame porter son projet de CPE jusqu’au bout pour céder face à l'asphalte surchauffé,
lorsqu’on débarque avec mille et une propositions alors qu’on a été solidaire et partie prenante des gouvernements en place depuis une demi décennie, lorsqu’on se laisse tellement imprégner par la pratique participative qu’on en oublie sa propre cohérence : que peut bien valoir la capacité gestionnaire d’un prétendant à la gouvernance lorsque chacune
de ses paroles, chacun de ses actes, doit intégrer la pression d’un électorat à séduire ?
Attendre les engagements écrits de chacun, comparer et se décider : n’est-ce pas l’illusion du citoyen qu’on berce ? Tout damner pour ne pas avoir à se fixer ?
Une ‘tite plongée en Irak fait très vite comprendre l’intérêt fondamental de ces ballets politiques, malgré la bonne couche des opportunismes ambiants.
Le néant argumentatif. La dernière trouvaille de l’ex député poujadiste, « nier la valeur historique du 11 septembre ». Cette pure provocation saura séduire le simplisme si confortable des destinataires bien ciblés. Ni plus, ni moins choquant que la ribambelle d’escrocs de la pensée qui se sont essayés à la négation de la présence matérielle d’un avion écrasé dans le Pentagone.
Depuis quand le critère de la gravité d’un acte et sa résonance historique se limitent-ils à un décompte macabre ?
Vendredi 2 mars
Quelqu’un de moins
A bientôt minuit, urgence de reprendre la plume, non pour achever ma plongée dans l’histoire calédonienne, mais pour un drame plus proche.
Dans une des pages de mon carnet de bord, un groupe de vingt cinq personnes, la session 2005-2006 de ceux qui souhaitaient préparer le concours SPP. Dans cet ensemble, quelques motivés au caractère intègre, loyal, quelques jean-foutre aux dérives plus ou moins nuisibles, une pincée de malfaisants à oublier au plus vite et une grosse fournée d’indifférenciés.
En m’approchant d’une des lignes, je me remémore sa discrétion tout en finesse, sa féminité réservée, ses rares mais pertinentes interventions orales… Je suis la ligne avec le gras du pouce et redécouvre l’évolution de son niveau : de correct au départ à l’excellence en fin de formation. D’un 13,5 le 4 octobre 2005, elle atteint le 17 quelques mois plus tard. Sa voie semble toute tracée : être « quelqu’un de bien », comme dit la chanson, dans un métier embrassé par passion. 
Coup de massue émotionnel : j’apprends le déjà daté décès de la demoiselle, assassiné par son compagnon, pompier de son état. Information brute, sans détail, qui laisse orpheline ma ligne de bonnes notes et fait tournebouler en moi quelques images de l’attachante Armande que je croyais promise au plus doux des avenirs.
Révulsant !
Dimanche 4 mars
Suffrage sangsitaire en Nouvelle Calédonie
Jacques Chirac achève sa gouvernance par un tir groupé de
révisions constitutionnelles.
L’hommage à feu Mitterrand et à sa loi du 9 octobre 1981 présentée par l’éminent Robert Badinter : consensus bien normal chez les politiques alors que les tergiversations persistent dans la population. Sans doute, chez celle-ci, l’effet de défiance d’un système judiciaire qui, avec les remises de peine et les aménagements divers, désacralise, dénature voire contredit la sentence du jury populaire.
La mise sur la sellette, bien confortable tout de même, de la fonction présidentielle honore, tardivement, une promesse du candidat Chirac. Ce petit cran en plus d’impeachment à la sauce gauloise complexifie un peu plus la Ve République, parachevant notre sage civilisation des contre-pouvoirs. Là encore, rien à dire sauf pour quelques parlementaires grincheux. Fragiliser davantage ce poste fondamental desservirait le pays et ouvrirait l’ère des incertitudes institutionnelles.
La troisième intervention, la plus technique, la moins séduisante en terme de contenu, est, elle aussi, passée sans trop de résistance. Pourtant, à l’étudier d’un peu plus près, elle dérange par son parti pris du réalisme politique, quitte à sacrifier un des droits fondamentaux du citoyen. Quelque 7700 Français sont désormais partiellement privés de leurs droits civiques : 2009 et 2014 se décideront sans eux aux élections territoriales et provinciales de Nouvelle-Calédonie.
Le nom est lâché ! Cette collectivité sui generis confirme, une fois de plus, le genre très particulier de son régime.
Nous voilà replongé dans les soubresauts tragiques d’une histoire récente, elle-même fruit du colonialisme dont la nature intrinsèque a tant été débattue ces derniers mois.
Tel un sombre signe premier, la prise de possession par la France de la Nouvelle Calédonie en 1853, quatre-vingts ans après sa découverte par l’infatigable James Cook, se veut une sanction contre les indigènes. L’amiral Febvrier Despointes se charge ainsi de cette confiscation de territoire pour venger la tuerie, par les autochtones, des membres de l’Alcmène, navire français. En d’autres temps, notre puissance conquérante pouvait se laisser aller à quelques justifications plus ou moins pertinentes d’accaparements autoritaires. Dans le cas de cet archipel mélanésien, la mainmise s’animera de mortifères épisodes.
Les dérives coloniales, avec les figures de colons sûrs de leur légitime toute-puissance, suscitent deux vagues de révoltes canaques en 1878, l’une estivale, l’autre automnale. L’écrasement, sans mesure, par les autorités, pourrait rappeler, au siècle suivant, le déferlement barbare à Sétif, en Algérie, alors même que les troupes militaires et la population fêtent en métropole la libération de la France. Le général Duval chargé de la sale besogne (selon les historiens, de 6000 à 15000 Algériens exterminés en représailles du massacre de 109 Européens par, déjà, des djihadistes sans pitié) avait très lucidement averti le pouvoir politique : « Il n’est pas possible que le maintien de la souveraineté française soit exclusivement basé sur la force ».
Et pourtant, en Algérie comme en Nouvelle Calédonie, les amoureux de la mère patrie n’avaient pas fait défaut aux moments sombres de la défaite française : le « Bataillon du Pacifique » n’avait-il pas été précocement nourri de volontaires calédoniens, offrant le plus bel exemple, dès la fin de septembre 1940, d’un engagement pour la France libre alors que la métropole est majoritairement, ou au moins passivement, pétainiste ?
La nation coloniale aurait-elle le secret pour exacerber les passions sanguinaires ? L’arrivée de François Mitterrand au pouvoir coïncide avec l’extrême tension entre Kanaks et Caldoches, notamment par la radicalisation du combat nationaliste. Rappelons que le nouveau président de la République connaissait bien la complexité déchirante des questions coloniales : ministre de l’Intérieur sous Pierre Mendès France, alors que l’armée française réprime à l’aveugle (tortures comprises) pour répondre à la terreur semée par le FLN, il est interpellé en janvier 1955 avec son président du Conseil par Claude Bourdet dans un article coup de poing, « Votre Gestapo d’Algérie ».
Le 5 janvier 1983, alors que l’exécutif décrète la dissolution du FLNC en Corse, le combat pour l’indépendance calédonienne prend un goût de sang avec la mort de deux gendarmes. De cette amorce suivra un yo-yo morbide avec partage des victimes : pour ne retenir que 1985 et sa dizaine de Kanaks abattus pas la puissance publique, et 1987 lorsque la tribu de Tiaoué sera fatale à deux représentants de l’ordre public.
La grotte de Fayaoué, au printemps 1988, portera au summum la violence de part et d’autre : le sang versé par l’opération « Victor » ne pouvait, pour éviter le chaos généralisé, qu’être suivi par un compromis sur l’organisation institutionnelle de ce territoire meurtri.
Un peu à la façon de ce que seront les accords d’Oslo, Michel Rocard parvient à réunir à Matignon les ennemis Lafleur et
Tjibaou. Le Premier ministre a conscience de l’instant d’exceptionnelle humanité dont ces deux interlocuteurs ont fait preuve, et qui pourrait inspirer nombre de régions encore atteintes par des luttes barbares pour le pouvoir sur un territoire : « (…) deux hommes d’exception (…) se sont mis en travers du chemin fatal qui conduisait à la guerre civile » (extrait d’un discours du 26 août 1988, hôtel de ville de Nouméa).
Destin tragique du représentant historique du FLNKS capable, comme avant lui Anouar el-Sadate ou après lui Yitzhak Rabin, d’aller au-delà de lui-même, de ses acrimonies pour la partie adverse et sanctionné à mort par l’extrêmisme de son propre camp. Ces trois figures incarnent ces si rares combats pour faire évoluer les contentieux, source de haine ravageuse, par la voie politique et non belliciste.
Il n’empêche, la révision constitutionnelle du 19 février dernier, parfaitement inscrite dans cette stratégie pacifiante (pour un camp tout au moins), choque profondément sur le plan des principes : plus d’indivisibilité de la République ni la règle qu’à tout citoyen revient une voix pleine et entière (pour toutes les consultations électorales) et non des droits civiques partiels.
A bien lire la modification de l’article 77 de la Constitution, c’est bien le coup de force sanglant d’Ouvéa qui a généré la fixation du corps électoral. En d’autres termes, puisque les consultations visées sont celles de 2009 et de 2014 : tout individu venu s’installer en Nouvelle Calédonie à partir de 1988 ne peut participer aux élections provinciales, territoriales et peut-être, bientôt, municipales. Cela peut concerner des immigrés métropolitains ayant choisi de vivre dans ce territoire depuis vingt-six ans (en se projetant à la deuxième consultation), ainsi, probablement, que ses enfants. Qu’est-ce, sinon l’éclatante consécration d’un droit du sang honni, à juste titre, dans les autres arpents de la nation française ?
De façon plus prosaïque, le choix de cette décolonisation douce, au mépris pur et simple des Caldoches (34% de la population), par la détermination des détenteurs de la citoyenneté calédonienne, a également une portée économique. Peu de personnes le savent sur le continent : le citoyen calédonien (que la révision vient de définir selon un prisme on ne peut plus restrictif) bénéficie d’une priorité à l’emploi par l’article 24 de la loi organique du 19 mars 1999. Le Caldoche post 1988 qui aura la malchance de perdre son travail aura donc toutes les peines à retrouver un poste salarié sur le Caillou : comme une incitation à revenir en métropole…
Droit du sang en matière de citoyenneté, priorité de l’emploi aux nationaux… cela ne rappelle-t-il pas un programme politique ? Ce qui est abhorré à sa moindre évocation dans l’hexagone a été consacré constitutionnellement pour ce bout de territoire… français, si on peut encore l’écrire.
A la décharge du président de la République et de l’immense majorité des parlementaires : l’expérience tragique de la décolonisation ensanglantée semble justifier toutes les incongruités juridiques qui font ressembler mes vieux cours de droit constitutionnel (délivrés en Sorbonne par le lumineux Jean Gicquel) à des contes des mille et une nuits.
Jeudi 8 mars, 23h30
Ma BB sur le pont des urgences, moi la tête calée au fond du polochon, après une soirée vagabonde sur le net avec en son de fond la prestation sarkozienne.
A la fin de ce mois, ma BB aura quarante ans. Nous voilà engagés dans la seconde moitié de notre existence que l’on espère la plus longue et douce. Tout cela défile et le tournis n’est pas loin.
Croisé ce soir Elo sur Msn : introspection poussée sur son profil psychologique, puis esquisse de la mienne. Une maturité qui croît.
Vendredi 23 mars
Ah ! rasante campagne !
Tumultueuse marche vers le premier tour, les parades de la campagne laissent émerger les caractères des prétendants et l’agitation plus ou moins stratégique de leur équipe respective. Les thèmes s’égrènent au fil des urgences artificielles : la frénésie médiatique détermine la hiérarchie du jour.
La plongée dans l’histoire des présidentielles, ou de certaines municipales, provoque une nausée
fascinée par les coups sans pitié portés entre adversaires. A visionner quelques documentaires, Valéry Giscard d’Estaing ou le théâtre du pouvoir, François Mitterrand : le roman du pouvoir, Chirac jeune loup et vieux lion, et l’édifiant Paris à tout prix, on en sort convaincu : meurtre du rival excepté, rien ne différencie les mœurs politiques actuels de ceux des temps antiques.
Abreuvé d’analyses, je tente de surnager face aux
multiples positionnements des uns et des autres. L’instinct, le ressenti m’incline à croire à un remake de la version 74. Douze candidats parmi lesquels le Bayrou en phase ascendante.
Alors qu’à droite, hors centre, la bipolarisation s’affirme entre un extrême populiste et une droite marquée (n’oublions pas, avec quelque effort amusé, l’épiphénomène de Villiers), la gauche, elle, n’a tiré strictement aucun enseignement de l’émiettement de 2002 et s’est obscènement assise sur ses promesses d’union suite au front hystérique contre le traité constitutionnel. Pathétique spectacle d’une gauche qui s’octroie le luxe suicidaire de multiples candidatures.
Cela nourrit-il seulement le débat de fond sur la gestion et les réformes nécessaires pour un pays timoré ? La France, pays dont la jeunesse, quarante ans après 68, ne se bouge plus que pour revendiquer toujours plus d’Etat, de sécurité de l’emploi et pour ânonner ses angoisses sur une incertaine retraite. 
L’offre politique s’est donc mise à l’aune des desideratas des populations françaises. Chaque chapelle se fait fort de combler les attentes de son public portant des artistes plus ou moins talentueux, mais indubitablement opportunistes.
Que croire : la sérénade révolutionnaire qui veut enfler l’Etat comme aux plus sombres heures du soviétisme ou l’antienne libérale dont la confiance dans les marchés frise avec l’aberration de la génération spontanée. La rapide étude des comportements des financiers, traders et autres boursicoteurs permet de saisir le poids d’un panurgisme délétère, et les vagues d’un irrépressible grégarisme. La simple rumeur dépréciative sur une société peut, par l’effet domino, occasionner une baisse notable du cours en bourse lequel impliquera, parfois sans fondement tangible, une atteinte à l’emploi réel.
A l’occasion des cinquante ans du traité de Rome, aucun des candidats français n’a la crédibilité pour initier une nouvelle impulsion au bourbier à vingt-sept qui a usurpé deux élargissements aux peuples européens avant même d’avoir le fonctionnement institutionnel adapté. Sans aucun doute la pire gourde du Conseil européen, prétendue clef de voûte qui a tout fait capoter.
Cette campagne se pare des quelques sujets nationaux, du bien franco-français, qui irriguent les préoccupations du peuple sans, à aucun moment, qu’un des candidats n’avoue que la destinée de notre pays est majoritairement dépendante de facteurs européens et mondiaux… sauf si nous tenons à prendre comme modèle la Corée du Nord. Un chômage consubstantiel à nos mœurs économico-publics incapables de réformes libératrices et qui donnent encore la prime à la manne étatique qui calfate sans compter. Des fonctionnaires, trop protégés par des décennies de démagogie et de lâcheté politiques, qui n’admettent pas qu’on rogne leurs sacro-saints acquis sociaux, quitte à risquer l’implosion du système. La lubie d’un changement de République (évoqué par les antigaullistes dès l’élection de 1965) qui voudrait doper le Parlement et faire accroire qu’un changement de numéro romain résoudrait le mal français tout comme certains imposteurs ont défendu qu’un rejet de la constitution européenne éviterait la déferlante libérale.
Les discours ne doivent plus leurrer : ils ne servent pas la cause nationale, mais les seules ambitions personnelles. Chacun s’essaye, comme à chaque consultation électorale, au ratissage des voix selon son ancrage. 
Paradoxe des postures : les anciens cumulards des candidatures campent le rôle des piques et de la verdeur révolutionnaire. La rupture extrême s’incarne chez les papy Le Pen et mamie Laguiller, alors que les primipares présidentiables sont les mastodontes susceptibles de l’emporter.
Jacques Chirac va donc passer le relais du pouvoir en bien meilleure santé que son admiré prédécesseur. Il pourra ainsi se consacrer à son autre passion, après l’inavouable goût pour la conquête : l’influence humaniste à l’échelle d’une planète toujours plus complexe. L’hommage quasi unanime à ses élans verbaux, sur la scène internationale, à propos des grands sujets de notre « maison [qui] brûle » a tracé sa marque dans l’histoire : la présidence de la parole.
Petit instantané abrupt, sans prétention idéologique, d’une campagne finalement très banale… le résultat le sera-t-il tout autant ?
Mercredi 28 mars
Ma BB sortie avec ses collègues de travail pour ses quarante ans, je me concentre sur la campagne.
L’insécurité, thème phare de la présidentielle 2002, se réinviterait-elle dans le débat préélectoral ? Hier, le scénario idéal pour déclencher les mêmes penchants idéologiques : le contrôle musclé d’un délinquant en situation irrégulière, multirécidiviste,
et qui parvient à ameuter les branleurs et casseurs de tous acabits au sous-sol de la gare du Nord. De là, un ballet d’hyper violence dans cet endroit stratégique pour les transports dans Paris. L’occasion, pour le nouveau ministre de l’Intérieur, de faire entendre sa spécificité comme rhétorique et choix de vocabulaire. Une fermeté tout en souplesse terminologique. Pour le reste, des réactions attendues, sans surprise. La bande de casseurs a, en tout cas, réussi un bel exploit : rapporter à l’extrême droite quelques points d’intention de vote.
Samedi 31 mars
L’élan vital, celui qui rend plus prégnant l’absence de croyance en un être supérieur, définit-il notre rapport complexifié, stratifié, au monde ? Les échanges combinant sans artifice les sens et la raison enthousiasment par leur évidence.
A trop maîtriser, voire censurer le contenu, ces pages s’affadissent. Le message philosophique pourrait combler ces carences et permettre un champ plus universel, mais non moins inscrit dans une expérience assumée.
Transposer pour évoquer, mais jusqu’à quel point pour respecter toutes les parties et point fissurer l’accord implicite. La liberté d’union des êtres s’assume dans l’infinie précaution de ne pas blesser l’autre, de ne pas substituer à une apparente plénitude des épisodes insoupçonnés, mais dans la logique d’un équilibre lentement édifié.
Vers Marseille, la dictature syndicale sévit et prend en otage une commune, une région et, pourquoi pas, une nation.
Lundi 2 avril, 23h20
Les Faites entrer l’accusé s’appesantissent
sur les disjonctages barbares de l’être humain. Ce soir, visionnage de la première partie du massacre familial commis (très probablement) par Dany Leprince. Echo morbide aux Roman, Allègre, Georges, Heaulmes et autres sanguinaires à la visée unique ou répétitive. Aucune explication rationnelle possible : le point de rupture d’un être qui déroule la mécanique meurtrière. A l’échelle d’un groupe, ou d’une population entière, cela donne les Hutus contre les Tutsis.
Ce soir, dans C dans l’air, le survolté J.-F. Kahn a souligné quelques incongruités dans certains arguments de l’extrême gauche contre le drapeau national, notamment l’accusation de connotation sanguinaire et/ou pétainiste dans ce symbole. Ne nous attardons pas, évidemment, sur ce que peuvent bien traîner les symboles communistes, trotskystes et ceux d’autres chapelles rouges… sang ! Indigne parti pris.
Mercredi 4 avril, 0h30
Frénésie de duplication : le transfert de ma vidéothèque vers des DVD se poursuit à l’aune rétrécie des journées.
Les débats de la campagne s’enlisent…
Une lectrice passionnée par mon Journal sur Blog propose de me faire quelques suggestions pour de menues corrections.
Peut-on encore parler d’amitié avec les Liselle, Shue, Aurélie… plus de nouvelles de leur part et mon peu d’enclin à les relancer.
Vendredi 6 avril
Ce Shaeffer a un tracé décidément trop fin…
Les mains endoloris par le montage de l’écritoire, cadeau pour BB dimanche. Treize personnes invitées pour ses quatre décennies cumulées.
Les médias semblent s’être concertés pour ne pas monter en épingle ces violences policières, filmées par un amateur, contre deux racailles. A l’inverse de 2002, l’insécurité n’occupe pas les esprits malgré l’amorce d’émeute à la gare du Nord. Responsabilisation, manipulation ? Pas sûr que cela suffise à émousser l’audience de la droite extrême.
La Croix Rousse lyonnaise à l’honneur sur la Une du Monde week-end : photo des quelques agités qui ont dissuadé le candidat UMP de se rendre dans ce quartier pourtant loin de la zone de non droit. Les hostilités…
Dimanche 9 avril
Du « fétide » chez les tièdes
« Fétide », la campagne électorale ! B.-H. Lévy m’a, pour une fois, ravi dans son analyse des échanges et sujets de prédilection de ce cru 2007 aux accents de piquette indigeste.
Sur I Télé, le philosophe n’a pas manqué de rappeler l’indigne absence du sujet majeur de notre avenir : l’Union européenne. Il aurait pu mettre un candidat à part, qui lui n’a que ce thème en gueule, comme le repoussoir d’un
monomaniaque : l’approximatif et grotesque Schivardi, ex-candidat autoproclamé des maires. Pour lui, la solution miracle à tous nos problèmes est de « rompre avec le traité de Maastricht » pourtant ratifié, lui, par référendum français. Il se revendique fidèle à la voix du peuple quand ça l’arrange…
Pour les autres, l’UE est un sujet à ne surtout pas aborder, de peur de se mettre à dos les portefaix du non au traité. Mieux, même : il faut désigner l’UE comme étant la cause de nos faiblesses. Lamentable populocratie qui fait courber l’échine à tous ces prétendants au trône. On se leurre, mais pas grave, ça servira l’ambition de l’un d’eux…
Oubliée la prospérité permise, minorée la paix maintenue. Au contraire : c’est bien sûr de la faute à la Commission européenne si notre croissance est plus faiblarde que celle de nos voisins européens, pourtant, eux aussi, assujettis à cette démoniaque institution !
Où se trouve donc le candidat ayant une posture et un courage le rendant digne de conduire la nation française ; qui osera risquer sa carrière politique au nom de ses convictions européennes ?
Entre l’hystérie des extrêmes partisans du tout-social (avec, pourquoi pas, un Smic à 1500 euros nets jusqu’en Pologne !) ou de l’enthousiasmante (et réaliste !) rupture totale d’un côté, et le silence des Royal, Bayrou et Sarkozy, tous trois ardents défenseurs du « Oui » de l’autre, je ne peux trouver un engagement à la hauteur des enjeux de la prochaine décennie. 
Et pendant ce temps, l’ex ministre de l’Intérieur nous fait du Gobineau en version simplifiée… voire simpliste ! On croit cauchemarder…
Dimanche 15 avril
Singuliers instants d’un printemps prometteur. Le vacarme électoral s’oublie avec les ondes ventées du parc Tête d’Or. Partager les affections en respectant l’intégrité et les choix de l’autre.
L’idéologie et les schémas communs ne tiennent plus face à l’attraction d’une personnalité. Se correspondre pour que l’approfondissement naturel irrigue l’autre. L’émotion cultivée par une absence inexpliquée, tout en conservant la distance à respecter.
Vu Staline, le tyran rouge mis en scène pour une convivialité pédagogique, avec moult images d’archives colorisées et musiques à effets émotionnels. Centré sur cette personnalité versée dans l’autocratisme sanguinaire, le documentaire n’évoque pas le vice intrinsèquement criminogène du communisme.
Trop dans la sérénité pour être vraiment inspiré.
Lundi 16 avril, 22h30
Dernière semaine avant le premier tour de ces présidentielles qui auront exacerbé les passions polémiques. Entre la banalisation d’un Le Pen égrotant et la démonisation d’un Sarkozy surchauffé, l’ambiance médiatico-politique ne laisse augurer aucune sérénité pour le second tour.
Le 20 minutes, journal gratuit distribué à Lyon, proposait une interview du candidat UMP. Pour annoncer cet entretien, la une se charge d’une photo gros plan de l’intéressé qui n’a pas dû le réjouir : un visage blafard, l’air patibulaire, des lignes du visage déformées comme lorsque l’objectif est trop proche de la personne, en somme rien d’un cliché qui donne envie. Et pour parachever la terreur que peut inspirer la bouille mal photographiée de Sarkozy, un titre aux accents armagedoniens : « un projet de civilisation », rien de moins que ça ! Et si la surprise était l’élimination de Sarkozy au premier tour ? Si cette presse un tantinet hypocrite (elle fait, en effet, figurer de magnifiques photos du candidat, prises lors de l’entretien, dans les page intérieures) voulait obtenir ce résultat, elle ne s’y prendrait pas autrement…
Reste le fond des programmes pour se décider, mais, en l’espèce, j’attends toujours que la Poste (qui se revendique un service public vital) daigne me les livrer.
Mardi 17 avril
Les publics de resocialisation que nous recevons présentent quelques énergumènes rebutants, moulés par ce que je supporte le moins chez l’humanoïde : irrespect, fainéantise, sentiment que tout leur est dû sans autre effort de leur part.
A côté de ces cas, des individus à l’âme de qualité, qu’on a envie de faire progresser, malgré les faiblesses considérables.
Jeudi 19 avril
Il était des professions de foi…
23h15. Je viens d’achever la lecture annotée des douze professions de foi. L’impression d’un fourre-tout sur format imposé qui tente, avec plus ou moins d’efficacité, le panorama des thèmes majeurs.
La palme de l’originalité marketing revient à l’affichette de Le Pen, photographié comme le père potentiel de la nation, avec un geste convivial d’invitation du peuple français et, au verso, un texte court mis en page à la double façon d’un appel gaulliste et d’un acte officiel de mobilisation générale. Sur le fond, cela se veut un blanc-seing sollicité, au ton presque consensuel, dans la lignée stratégique des angles arrondis insufflée par sa fille. Des formules comme « rendre à chacun le bonheur » nous fait fleurer bon le monde gentil des Bisounours, tonalité que l’on retrouve dans certains élans irréalistes de l’extrême gauche. Comme ce bord politique antinomique (tant que ça ?), il revendique ce « Non » au traité dont rien n’est sorti. Enfin, les « cinq ans désastreux pour notre pays » qu’il décèle lui fait naturellement oublier le passage calamiteux de membres de son parti à la tête de municipalités. 
La palme du tristounet vieillot revient à Schivardi, sans doute contraint de faire réimprimer en catastrophe une profession modifiée suite au refus judiciaire pour qu’il se présente comme le candidat « des » maires. Résultat : quatre pages en noir et blanc flanquées d’une mise en page à la sauce Journal officiel d’une tristesse absolue. Le fond n’enthousiasme pas plus. Obsédé par la rupture avec l’Attila-UE, il serine son message comme si la solution miracle résidait dans le rejet d’un traité pourtant adopté en France par référendum. Schivardi-Babar et son monde aberré : chez lui, « tout devient possible » en anéantissant la baraque UE, en se torchant avec ses directives, en s’asseyant sur notre signature des traités.
Le maire de Mailhac ajoute : « Il est contraire à la démocratie que le mandat du 29 mai 2005 ne soit pas respecté. Ce mandat exige clairement la rupture avec l’Union européenne ». Voilà une insulte directe à l’endroit de nos partenaires européens et une extrapolation fantasmatique de la signification du rejet référendaire. Schivardi postule une supériorité de la voix française alors que nombre d’autres nations ont adopté ce traité. La seule possibilité est de renégocier, certainement pas d’imposer. Par ailleurs, comment peut-il déduire du Non, aux sources éclectiques, la volonté populaire de sortir de l’UE ? Ce nationalisme d’extrême gauche n’a rien de meilleur à proposer que des antiennes simplistes, irréalistes et dangereuses si d’aventure nous les appliquions.
Lot des quatre autres candidats de la gauche, dite antilibérale, très encline à l’hémorragie des dépenses. Tous se targuent de cette victoire du Non qu’ils ont été bien incapables de transformer
en puissance efficace pour proposer autre chose de crédible… Cette « arme pacifique », le bulletin de vote ainsi qualifié par le sursitaire Bové (lui qui est si souvent passé outre l’Etat de droit) a le goût amer, aujourd’hui, d’une neutralisation, voire d’un anéantissement.
Le sieur à moustaches appelle à « l’insurrection électorale contre le libéralisme », et après ? On adopte le modèle de la Corée du Nord pour surtout éviter les cruels capitalistes ?
Entre les dépenses exorbitantes réclamées et le peu de recettes identifiées (hormis les fameux cent milliards de bénéfices de nos fleurons français, normalement taxés, il me semble…). Les Buffet, Besancenot et Laguiller n’ont que ce fanion à agiter tels des monomaniaques dérisoires. Alors égorgeons tous les employeurs de ce pays pour livrer notre économie aux puissances étrangères puisque c’est l’acte jouissif de ces agités pseudo-révolutionnaires.
En vrac, chez Bové : une métaphore bancale (« Décolonisation des programmes scolaires »), un idéalisme jusqu’au boutiste (« partage des richesses » et « démantèlement de la bombe atomique ») et l’apologie du pire dans la IVe République (sous couvert du bâton à droite pour faire croire à une VIe) avec « la proportionnelle intégrale ».
S’appesantir sur l’un, c’est faire le tour de tous à l’extrême gauche, même si quelques signes distinctifs exacerbent la fulmination. 
Ainsi, derrière la bouille joviale d’un Besancenot, on décrypte la férocité des positions : comme chez Laguiller, l’enclin à faire couler le sang de ces salauds de capitalistes. En revanche, pas une ligne contre l’économie illégale, souterraine et impitoyable de certaines cités. Là on ignore, on tolère, on excuse… Bas les masques chez le rouge cramoisi lorsqu’il laisse échapper cet antiaméricanisme obscène et dangereusement inconséquent : « Les troupes d’occupation doivent quitter l’Irak et l’Afghanistan » ! Il faudrait rappeler deux évidences à l’intégriste révolutionnaire : si l’intervention en Irak était bien illégale, celle en Afghanistan a été autorisée sans réserve par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Partir de ces pays en s’en remettant aux bonnes volontés nationales, c’est l’assurance d’une guerre civile totale suivie d’une partition de l’Irak, dramatique pour la région, et d’une reprise en main sanguinaire de l’Afghanistan par les talibans. De là à soupçonner le jeune candidat de complaisance envers les terroristes…
Dans le même registre de l’absurde, la candidate de Lutte ouvrière, première à piailler l’Internationale, souhaite « réorienter les dépenses budgétaires » et notamment celles de notre armée qui « ne sert en rien à la défense du pays », mais qui intervient, par exemple, en Afghanistan. Vive, donc, la politique de l’autruche-Laguiller qui veut nous retirer des théâtres internationaux pour enfler davantage les services publics intérieurs. Belle preuve de générosité internationaliste !
Pour le reste, la rengaine est connue et retiendra les citoyens habituels. Tout de même, lorsqu’elle évoque « le pouvoir dictatorial des possesseurs de capitaux » on aimerait l’entendre aussi sévère sur des survivances communistes qui terrorisent et affament leur peuple.
Poursuivre ce tour des incantateurs aux gibecières pleines de
boucs émissaires : Marie-George Buffet paralyse la raison avec sa fumeuse stigmatisation des « privilégiés », caste (on n’est pas loin de l’accusation ethnique) qui, avec ses « 20 milliards d’Euros » peut se la couler douce « pour 1000 ans ». A ce titre, on pourrait aussi dénoncer l’hémorragie de nos dépenses publiques pour des services dont l’efficacité n’est pas toujours à la hauteur et qui ont engendré un déficit abyssal. Pour couronner la démonstration : il faudrait une confiscation pendant vingt ans de l’ensemble des bénéfices produits par les quarante plus grosses entreprises françaises pour simplement éponger les dettes passées (et sans prendre en compte celles cumulées pendant ces deux décennies). On peut donc faire dire tout et n’importe quoi à des chiffres en pratiquant l’amalgame.
Buffet oublie encore une partie de l’histoire en opposant, dans un titre : « Ecologie ou libéralisme ? » On pourrait réfléchir sur les méfaits du communisme dans ce domaine. La disparition de la mer d’Aral rappelle ainsi cruellement les exploits d’un camp prétendument généreux.
Buffet, comme ceux de son bord, n’ont pas su s’organiser derrière un seul candidat pour faire peser leurs positions. On trouve même un appel à l’éclatement de l’électorat : « Le seul vote utile au premier tour, c’est celui qui porte vos idées ». La même chose pouvait s’écrire le 21 avril 2002. Quel sens éminent de l’expérience !
Enfin, elle n’omet pas d’amplifier son influence dans le rejet du traité constitutionnel, au point que son « Nous avons été des millions » résonne comme une gourmandise : les croire de la même sensibilité politique, ignorant bien vite que les Le Pen et de Villiers peuvent prétendre à leur part de ce résultat.
Samedi 21 avril
Suite de Il était des professions de foi…
Villiers, justement, qui, dans un de ses titres d’accroche, oublie cette particule source, imbécilement, de railleries : « Pour la droite, le vote utile, c’est Villiers ». Un parangon de la méthode Coué conforté par le raisonnement surréaliste d’un conducteur de bus : « En 2002, j’avais voté Le Pen. Cela n’a finalement rien changé. (…) En 2007, je voterai utile, je voterai Philippe de Villiers. » Et cela ne changera encore rien ! Pour le reste, avec son département en bandoulière, avec son programme à œillères et avec son anti-construction européenne, il préjuge de sa qualité à la place de Président par un syllogisme branlant : j’ai formidablement géré la Vendée, le pays a besoin d’être bien mené, je suis là pour ça. Sauf qu’un bout de France, ça n’est pas la France. Avec son raisonnement, plaçons le bon gars qui fait bien ses comptes à trois colonnes à la tête de Bercy !
Le paradoxe de cette campagne tient sûrement à la place centrale que doit/devrait occuper l’écologie et à l’infime portion de
l’électorat qui semble captée par sa représentante officielle dont la hantise se résume à rester devant son corporatiste concurrent. Avec sa politique du « sans », dans son appel introductif, Dominique Voynet finit par convaincre les électeurs qu’il faudrait faire sans elle : « sans pesticides (…) sans OGM (…) sans incinérateurs (…) sans nouvelles autoroutes (…) sans nouvelles centrales nucléaires ». En lisant trop vite la fin, l’attention encore impressionnée par ce cumul, on repère un dernier souhait « sans écologistes ! » certes précédé dans la même phrase par un « On ne fera pas d’écologie ». Si ce n’est pas du nihilisme ça !
En outre, Nicolas Hulot (dont elle a fait ajouter à la va-vite son soutien en queue de peloton, derrière l’insubmersible Bougrain-Dubourg, mais sans photo) a fait intégrer son pacte écologique comme objectif des gros candidats, sauf Le Pen. On ne pouvait pas mieux torpiller une candidature écologiste.
Petite digression vers Nihous, qui a sans doute bataillé pour espérer conserver le million trois cent mille voix de son charismatique (pour les chasseurs et les pêcheurs uniquement !) prédécesseur Jean Saint-Josse. Ce « juriste de formation », comme il nous l’apprend, a laissé passer une aberration juridique. On peut lire, dans un premier chapitre sur la « vraie démocratie », qu’il faut « limiter le cumul des mandats » pour éviter « la technocratisation », mais surtout qu’il faut « obliger les parlementaires à avoir un mandat local » ! Formidable projet démocratique qui obligerait les électeurs, sans doute avec un canon de fusil de chasse sur la tempe, à élire maire ou conseiller municipal leur p… de député-technocrate. A moins qu’il envisage l’inverse : tout député qui ne décroche pas un mandat local est déchu de son mandat parlementaire. Chapeau Nihous pour cette belle évolution de notre régime. 
Reste les trois crédibles, pour lesquels, plus que la teneur proche des programmes, c’est la personnalité et le lien établi avec le peuple français qui seront déterminants… Chez Royal-Sarkozy, si l’on veut jouer un peu avec leurs formules : c’est de l’ordre un peu juste chez l’une et juste de
l’ordre chez l’autre ; du tout qui devient possible chez l’un et du possible en tout chez l’autre ; une « France présidente » pour l’une et le « Président d’une France » pour l’autre… Pour le reste, tout a été exploré par les médias…
Alors peut-être que la Révolution tranquille du père Bayrou serait une solution. Ce français François qui, seul, nous adresse de sa main son « affection ». Votons en affection, pour voir… 
Lundi 23 avril, 22h50
Les analyses, les échanges et les déclarations des candidats m’ont abreuvé toute la soirée d’hier. La mine réjouie de quelques journalistes de télévision avant vingt heures et d’invités à étiquettes UMP ou PS ne laissait planer quasiment aucun doute sur la bipolarisation régénérée, même si Bayrou a fait naître, en puissance électorale, une troisième voie crédible.
La mine déconfite du vieux Le Pen et de quelques représentants d’extrême droite laisse augurer une nuit des longs couteaux dans les instances dirigeantes.
Petite révolution culturelle personnelle en participant à cette mobilisation civique, la plus forte pour un premier tour depuis la première de la Ve, en 1965, avec le grand Général mis en ballottage par le jeune Fanfan fringant. Une claque à mes convictions en matière démocratique, que je ne renie en rien, mais que je relativise au regard de la situation de nombre de pays privés de ce système, si perfectible soit-il.
S’approprier un peu de cette fiction citoyenne permet de ne pas sombrer dans le nihilisme stérile.
Samedi 28 avril
Dualité à Troie
L’élimination de dix candidats n’a pas affadi l’effervescence.
L’affectif Bayrou a réussi, avec l’ardent soutien de la caisse de résonance médiatique, à capter une bonne part des feux de la rampe d’entre deux tours. Le retour de la classique bipolarisation n’a pas encore émergé, ce qui aurait effacé, par la même, le coup de tonnerre d’il y a cinq ans.
Après l’extrême droite qui a imposé la mobilisation des UMP, PS and Co pour le même candidat, le centre révolutionne le second tour, obligeant chacun des deux prétendants à l’intégrer à sa stratégie de conquête d’un électorat élargi.
Pour Nicolas Sarkozy, la volonté affichée de passer par-dessus les bouclettes de François Bayrou pour redynamiser le vote pavlovien de ses électeurs historiques. Ses coulisses, elles, grondent du « débauchage » frénétique des élus UDF inquiets pour leur devenir politique. Bien sûr, ces ralliements opportunistes répondent à des convictions indubitables…
La posture de Bayrou exhale un petit quelque chose de plus digne que les déserteurs de la dernière heure, même si, là aussi, l’ambition personnelle explique ces coups de billard à trois bandes.
Avec Ségolène Royal, l’art du retournement élocutoire vit des heures glorieuses. L’« imposteur », meneur de cette révolution centriste, s’est transmué en fréquentable allié potentiel. Le T.S.S., dont se sont rengorgés à la va-vite les LCR, LO et autre Bové ratiboisés, doit avoir aujourd’hui l’infect goût de la compromission à la sauce centriste…
Passionnante campagne qui éclaire la valeur de chacun empêtré entre ses convictions et les nécessités du jeu démocratique.
Le grand débat final du 2 mai ne fera pas oublier l’urticante petite finale du 28 avril sur BFM TV. Pour résumer le double objectif du français François : démontrer que de forts points de convergence existent avec Madame Royal pour rendre incontournable la nouvelle place de Bayrou comme leader, de fait, d’une opposition au pouvoir sarkozyste. Cela suppose aussi, comme finalité consubstantielle, de ne pas renforcer la candidate pour qu’elle s’essouffle en vue du 2 mai et sa grand messe contradictoire sur écran plat. Machiavélisme naturel pour toute personnalité qui veut parvenir au pouvoir hexagonal suprême.
Les performances rhétoriques de Royal et Sarkozy penche, sans conteste, vers ce dernier, comme l’ont confirmé leur passage
alterné sur les plateaux de TF1 et France 2. Ainsi, passé au crible chamalowté de Bachy et Poivre d’Arvor, dans Face à la Une, les deux candidats à la présidence ont pu laisser s’exprimer leur personnalité et exposer leurs idées sans la présence de féroces déstabilisateurs.
Le ressenti, la subjectivité laissent poindre en soi quelques impressions, au-delà des programmes respectifs. Le candidat Sarkozy révèle un plus grand enthousiasme, déroulant un discours aux intonations plus captatrices. A l’inverse, prestation d’une Royal tétanisée à la monotonie jospiniste. D’un côté, que l’on partage ou non son argumentaire, une volonté presque instinctive de convaincre, de séduire, d’aller au bout de son schéma, de l’autre, une rhétorique mécanique, sans flamme, sans saillance lumineuse…
Sans doute chacun peut avoir une équipe gouvernementale solide, compétente et prête au dépassement d’elle-même pour appliquer le programme de l’élu-e. On ne peut pourtant pas occulter que la Ve propulse à la maîtrise du pays une personne qui doit, au minimum, apparaître crédible intrinsèquement.
Quel que soit le résultat, et si (divine ou dramatique ?) surprise il devait y avoir, la campagne présidentielle aura réconcilié l’électorat avec l’idée d’une utilité cardinale de la politique et que ses incarnations nouvelles ne sortent pas du même moule, sans aspérités distinctives.
Pour achever dans la nécessaire autocritique : pas si rasante que ça cette campagne au sang neuf. Et d’épiques empoignades et rebondissements en perspective…
Mercredi 2 mai, 23h55
Dernier acte, et sans doute le majeur, de ce second tour, le débat tant attendu a délivré l’opposition quasi frontale de deux fortes personnalités. De longs et fastidieux passages sur les sujets sociaux attendus par les électeurs, et quelques passages de vifs échanges. 
Sarkozy est parvenu à garder son calme face à la colère entretenue de Royal. Un bilan en demi teinte : une candidate moins mécanique qu’attendu et un candidat moins percutant qu’escompté. Performance réciproque neutralisée qui ne devrait pas bénéficier plus à l’un qu’à l’autre.
A ce titre, le plan de Bayrou devrait se réaliser… à lui d’animer la force principale de l’opposition.
Vendredi 4 mai
Pas à l’aise du tout à Arles, pour ce séjour éclair. Hier soir, à plusieurs reprises, du TSS haineux qui apparenteraient les stigmatisations de Le Pen à de l’humanisme bienveillant. Plutôt que de contrecarrer avec, en ligne de mire, une rupture définitive de ma part, j’ai adopté la posture du retrait intellectuel, de l’extrême distance avec cette hystérie à la seule évocation du patronyme Sarkozy.
Je n’ai rien de l’adepte inconditionnel du candidat UMP, mais j’exècre cette diabolisation par des gauchistes prétendument généreux. Rien à foutre de leurs craintes : je voterai Sarkozy. Comme ceux qui vont glisser dans l’urne un bulletin Royal pour ne surtout pas voir accéder à l’Elysée Belzébuth-Sarkozy, j’apporterai ma voix à ce démon incarné pour que le système démocratique (tant défendu par les anti-Sarkozy) mouche leur morgue et accentue leur défiance. Peut-être même que certains songeront à quitter le territoire : bon débarras !
Ils le prennent pour un dangereux agité, je l’estime déterminé ; ils pointent son peu d’enclin pour les libertés publiques et le pluralisme, j’y vois une affirmation des devoirs de chacun et la netteté de ses convictions ; ils enragent contre une rhétorique simplificatrice, je loue l’efficace clarté de son discours ; ils vomissent l’homme politique, je conchie leur nausée.
Mardi 8 mai, 23h05
Quelques heures de sommeil avant une reprise allégée. Les urnes ont imposé Sarkozy, mettant une belle claque à tous ces anti primaires. Mais la générosité d’extrême gauche et les parasites-casseurs qui s’y collent ne pouvaient admettre la voie démocratique : violence, vandalisme, incendies. Le triptyque de la guérilla urbaine voudrait s’opposer au choix majoritaire. Leurs seuls débordements justifient l’arrivée de cette droite décomplexée. Certains nous prédisent une dérive autoritariste… subtile connaissance des autocraties dans le monde.
Sarkozy prend quelques jours de repos sur le yacht d’une relation richissime… et il devrait en avoir honte ? Que ces petits commentateurs hurlent davantage pour l’utilisation de l’argent public en dépenses somptuaires…
Tout cela laisse augurer un quinquennat pour le moins tendu et une société mure pour toutes les explosions.
Vendredi 17 mai, 0h45
Fin du dîner partagé avec Louise et Richard.
La passation des pouvoirs, troisième du genre pour la Ve République, a bénéficié du souffle nouveau d’une présidence en tension pour l’action et les réactions. 
Reçu, cette semaine, un long courriel d’un anonyme se présentant comme un professeur d’économie de 25 ans. Attaque en règle contre mon néant de style, le contenu indigent de mon Journal pamphlétaire puis réfractaire. Lâche indignité du piètre trépigneur ! Je lui ai retourné quelques lignes lapidaires laissant bien sentir le profond mépris que m’inspirait sa démarche et sa personne.
Le tournis m’assomme… impossible approfondissement.
23h20. Soirée avec ma BB, l’écran habité par un chef d’œuvre de plus du prolifique Eastwood : Million Dollar Baby. Tout en retenue, conduit vers l’inexorable de ce qu’on redoute mais qui densifie l’émotion, servi par l’interprétation, l’incarnation magistrale des trois personnages, ce film happe le meilleur en nous pour la mise au fronton d’une belle, loyale, mais grognonne humanité. La jeune boxeuse a compris l’essence de l’existence et ses valeurs cardinales. L’acte d’amour euthanasique saisit aux tripes et au cœur.
Au même moment, le président Sarkozy goûte sa deuxième courte nuit post-nomination. Une composition gouvernementale suffisamment complexe et à facettes multiples pour combler la manie de l’exégèse. La mauvaise foi des quelques représentants de l’opposition ne parvient pas à contrebalancer les jolis coups de poker politique de la paire complémentaire de l’exécutif. A suivre…
Samedi 18 mai
Tentative de balade dans les monts du Lyonnais, après un déjeuner chez Les Touristes à Lyzoron. Impossible de retrouver le bon chemin du départ. Après deux essais infructueux, nous rentrons.
Les ministres vont monopoliser les médias par un écho claironné de leurs initiatives, actions et réformes : une façon de se bien faire voir par le président Sarkozy qui sue à fond lors de ses joggings immortalisés, à l’échelle du temps médiatique.
Y a-t-il un semblant de fond, de profondeur, de réelle volonté réformatrice dans toute cette mise en scène quasi obsessionnelle du résultat médiatique escompté ? Osons l’espérer encore un peu… en attendant les législatives…
Dimanche 27 mai
Vivoter, serait-ce finalement ça mon lot, jusqu’à regretter la sous-exploitation des années consumées. 
Dès que je me retrouve seul, peu d’enclin pour explorer les voies créatives et me fixer d’enthousiasmants objectifs. Je m’enterre à doses d’instants inutiles.
L’Allelujah de Jeff Buckley a quelque chose de poignant dans l’âme.
Blog principal délaissé depuis la fin des présidentielles. S’extraire du conditionnement médiatico-sarkozyste pour méditer sur de plus nobles et fondamentaux thèmes.
Au Monde, Colombani vit ses dernières semaines. L’ambiance de la rédaction doit ressembler à ma morosité intérieure. La différence : je dois rester avec moi-même, malgré la sévérité du désaveu.
Lundi 28 mai
9h30. Hier soir, appel inattendu de Jim : avec Aurélia, ils attendent un bébé, quinze jours qu’ils le savent. Heureuse nouvelle que notre tendre grand-mère n’aura pas eu la joie de partager.
23h15. Etranges ballets des partis, du gouvernement et des médias lors de cette campagne législative. Si la majorité absolue n’échappera pas à l’UMP, l’agitation des officines ministérielles laisse transparaître une fébrilité. Les chroniqueurs et journalistes s’essayent déjà à trouver les failles et les contradictions du nouveau pouvoir en place. Hystérie des exégètes de la vie politique française : avant même l’installation de la nouvelle majorité législative, on suspecte l’exécutif en rodage de tous les renoncements. Cirque indigeste des plumes de la presse. Attendons un peu, que diable !
Idem pour les sondages qui polluent et parasitent l’expression démocratique. Telle proposition est désapprouvée par une majorité des Français selon tel sondage… alors que cela figurait au programme de l’élu. Que faire ? Renoncer aux urnes ou se torcher avec les Ipsos, SOFRES et autre BVA ?
Le rythme effréné de cet univers médiatico-politique devrait m’incliner à écrire sur du plus fondamental, du plus universel, du plus sensible… mais ai-je seulement le début d’une inspiration pour cela ? Lire, à nouveau, plus d’ouvrages que de presse, et le monde reprendra son épaisseur… Cette immédiateté éphémère pervertit, déforme notre vision du monde. Voilà qui doit m’imprégner. Hauteur et synthèse sur ce curieux panorama politique.
Ainsi le PS n’a pas modifié d’un iota les vieux réflexes qui ont entraîné sa chute en 2002 ; les Besancenot, Buffet et Laguiller toujours incapables d’entente pour peser un tant soit peu ailleurs qu’avec les braillards grévistes sur l’asphalte. A vomir !
Vendredi 1er juin
Christ à croquer
Me voilà, comme un bon chrétien que je ne suis pas, debout, au fond de la jolie petite église de LB, pour une communion. Bondée, l’antre religieuse, estivales les tenues, et une jeune femme à la robe aguicheuse qui lit les paroles d’un apôtre : notamment « la chair s’oppose à l’esprit ». Pour le moins risible, mais in petto, chut… 
Familles, amis, accointances : tous en rangs serrés pour ces petits communiants dont on peut douter de l’authenticité de l’engagement. Entre habitude sociale et folklore, je n’arrive pas à adhérer à ces pompeuses déclarations.
Qui, ici, fait réellement attention au contenu du message ? Si, tout de même : un suivi unanime (sauf pour ceux qui n’ont pas trouvé de place) aux ordres de se lever et de s’asseoir.
La métaphore obscène qui justifie le rite : « recevoir le corps de dieu en soi » ! Un programme non charnel, bien sûr. Les paroles du prêtre raisonnent ici, et légitime cette communion, avec une suite d’explications effarantes, et qui fonctionnent encore.
Le béni oui-oui excuserait tous les massacres, toutes les dérives passées… Toutes ces fois au nom d’un postulat de vie supérieure et, bien sûr, dieu innocent et les hommes coupables !
Pitrerie de l’esprit sans une once de distance avec les élucubrations assénées. Démonstration éclatante, sous couvert d’un message prétendu d’amour, d’un système manipulatoire où le confort de l’esprit consiste à pouvoir tout expliquer, tout justifier, alors que nous ne sommes qu’à l’âge primaire de la compréhension du monde. La fiction, voilà ce qui conduit tous ces systèmes rivaux. Et les antiennes enflent grâce au cadre matériel, et le grégarisme fait son œuvre. Décidément, que ce soit dans ses manifestations ludiques ou vaguement spirituelles, l’humanité en bandes m’effraie. Rien ne pourra vraiment évoluer, au sens d’un changement d’ère humaine, tant que ces religions auront une place autre qu’une curiosité muséologique, à la manière des mythologies grecque et romaine.
La clochette du prêtre rythme le cirque eucharistique… Et cette assemblée en chœur, qui recèle toutes les trahisons, les coups fourrés, les médiocrités rampantes, les excuses vaseuses, représente toute la contradiction humaine, rarement capable d’assumer une ligne de conduite cohérente.
Tout cela glisse, et la poussière, nullement divine, recouvrira l’ensemble de ces fariboles d’apparat.
A noter que ces lignes ont été largement inspirées par la coloration intégriste qui officie ici. Amen.
Samedi 2 juin
Altermondialisme : l’idéologie de l’autruche
Heiligendamm, comme hôte des huit premières puissances économiques, s’inscrira peut-être comme l’amorce historique, mais sans doute inutile, d’un changement de la gouvernance américaine à l’égard de l’environnement. Que le système d’échanges frénétiques intègre ce paramètre constitue en soi une avancée notable.
A des lieues de cette nouveauté résonneront les protestations et revendications d’altermondialistes pour qui l’intolérable s’accroît les années de bénéfices passant.
A interroger nombre d’entre eux sur la cohérence de leur virulence à l’égard de systèmes historiquement plus néfastes, le malaise pointe rapidement. Pourquoi, à l’époque du communisme triomphant, du collectivisme achevé, ne trouvait-on aucun esprit de similaire mouvance idéologique qui dénonçât ces abus criminels ? Aucun des génocides sociaux engendrés par l’application de ces théories n’a sensibilisé leurs pairs.
Après quatre-vingts années d’idéologie communiste, qui n’avait comme objectif, dans sa rivalité avec la pratique libérale à l’Ouest, que de montrer sa supériorité dans l’activité économique (au point d’affamer ses peuples), la vacuité de son application l’a fait s’effondrer sur elle-même, laissant quelques dizaines de millions de cadavres en héritage. 
Que reprochent les altermondialistes au système économique restant, qu’ils qualifient volontiers de sauvage, de déchaîné, d’ultra… et pourquoi pas d’intégrisme libéral ? Quelques ouvrages et déclarations ont, d’ailleurs, osé détourner, sans conscience de l’infamie, des vocables réservés jusqu’alors aux pays privés de liberté, pour les accoler au libéralisme. Ainsi « La dictature libérale » de Rufin ou « le capitalisme totalitaire » de Séguin. C’est, en effet, cette ignoble pratique économique qui a permis à l’Allemagne de l’Ouest d’injecter quelque 765 milliards d’euros dans la partie Est, avec ses quinze millions d’habitants, parmi lesquels certains trouvaient encore à se plaindre de ne plus avoir leur misérable emploi à vie, n’admettant pas que liberté rime avec responsabilité.
Sans doute le libéralisme n’a pas, intrinsèquement, de vocation humaniste, mais quelle pratique organisationnelle viable peut l’avoir ? L’histoire a définitivement disqualifié les idéologies aux intentions généreuses qui doivent compter avec la nature fondamentale de l’être humain.
Ce qui effraye les altermondialistes, qui, curieusement, viennent souvent de pays déjà développés, c’est sans doute de constater qu’un groupe indien (par sa nationalité seulement, sans doute, mais c’est l’impact psychologique qui compte) a pu se payer l’européen Arcelor, et donner ainsi naissance au premier groupe sidérurgique mondial ou que le géant minier brésilien CVRD se soit emparé du Canadien Inco. Onze mois après cette fusion, la réussite du projet a fait gagner soixante pour cent au titre (une horreur pour les altermondialistes).
Ce qui navre les défenseurs d’une autre mondialisation, qui ne pourrait se faire que dans un autre univers que celui de l’être humain, c’est d’admettre ce qu’a pu en retirer le Brésil qui devient la dixième économie mondiale. En 2050, avec ce système injuste, 77% du PIB mondial proviendra des pays émergents alors qu’en 1975 les pays développés accaparaient 66,4% de la richesse produite. Et l’on en trouve encore pour prétendre que la mondialisation libérale dessert les plus pauvres.
La vraie question à se poser est celle de la stabilité politique et de la pérennité d’un état de droit. La tragédie africaine n’est en aucun cas due à la sauvagerie des règles économiques (sinon l’Afrique du Sud serait, depuis longtemps, dans le chaos) mais découle directement du cynisme politique d’autocrates entretenus, d’affrontements sanglants pour l’obtention du pouvoir sur la terre, de la lutte à mort pour imposer son idéologie. Un exemple frappant ? La République démocratique du Congo : après quarante ans de joug dictatorial et de désespérantes guerres civiles, le modèle démocratique a fini par triompher, portant au pouvoir un président élu. Résultat : plus de 6,5% de croissance pour 2006. Et même lorsque le pays n’a pas de ressources propres à forte valeur ajoutée, comme les hydrocarbures, la qualité de son régime et de ses pratiques politiques servent le développement d’une économie libérée.
Alors, sans doute, me renverra-t-on les pauvres toujours plus nombreux, les riches encore plus voraces, et le système de plus en plus inégalitaire. La malhonnêteté de certains doctrinaires de l’altermondialisme consiste à balancer quelques chiffres bruts, sans aucune comparaison historique qui permettrait de se poser les bonnes questions. Qu’il y ait plus de pauvres aujourd’hui qu’il y a cinquante ans, en valeur brute, c’est indubitable, mais en
pourcentage respectif de la population à chaque époque ?
On reproche au système libéral de ne faire aucune place à la protection des individus les plus faibles. Là encore l’agitation altermondialiste oscille entre l’inculture confortable et l’hypocrite négation de quelques réalités historiques.
Prenons le cas français : le 22 mars 1841, donc bien avant la vague idéologique rouge, le libéral François Guizot, qui a encouragé la grande bourgeoisie capitaliste à la prospérité par le travail et l’épargne, fait voter une loi pour limiter le travail des enfants à l’usine. Un début timide, certes, mal appliqué, convenons-en, mais la première marche du progrès social scellée par cet adepte d’un « libéralisme éclairé, surveillé ».
Autre idée reçue : le syndicalisme serait l’initiative première d’esprits de gauche. L’histoire, encore, dément : le libéral Emile Ollivier parvient à faire adopter la loi du 25 mai 1864 qui légalise le droit de grève (lesquelles grèves augmenteront de 37,5% par rapport à l’année précédente, ce qui confirmera la nécessité de cette avancée) sous conditions qui paraissent, aujourd’hui encore, d’une sagesse moderne : pas de violence ni d’atteinte à la liberté du travail (ce qui ne plaira pas aux jusqu’aux boutistes partisans des piques pour les têtes patronales). Vingt ans plus tard, le libéral Waldeck-Rousseau attribue la personnalité civile aux syndicats. Effet spectaculaire : plus 650% de syndiqués en moins de dix ans.
Pour parachever la démolition des idées reçues dans la répartition caricaturale de la paternité du progrès social, une question : pourquoi sont-ce dans les pays qui n’ont pas eu à connaître l’activisme communiste que le syndicalisme est le plus ancré et pratiqué, et donc le plus puissant ?
La mauvaise foi des altermondialistes, autruches idéologiques, ne prenant pas en compte les réalités du fonctionnement humain, rappelle les entêtements communistes au vingtième siècle. Ainsi, à la fin des années cinquante et au début des années soixante, alors que l’économie des pays de l’Ouest profite d’un essor exceptionnel qui permettra à la classe ouvrière d’accéder à l’aisance moderne, les communistes théorisent autour de la « paupérisation absolue » des ouvriers dans nos contrées. Quel aplomb dérisoire lorsqu’on sait ce qui se passait pour les peuples de l’autre côté du rideau de fer…
Sans doute faut-il réglementer davantage, encadrer un peu plus la mondialisation actuelle ; mais cela ne peut s’allier avec la rupture idéologiques d’altermondialistes qui reproduisent les schémas de ce qui a déjà, et criminellement, échoué.
Samedi 9 juin
Auto-inauguration des nouveaux quais du Rhône. Lyon me va décidément si bien. Pris un vélo’v depuis la place Rouget de Lisle pour ne plus quitter une piste cyclable protégée : longer la nouvelle ligne de tramway Meyrieu-Part Dieu, passer devant la gare, border le centre commercial, remonter la rue de La Part Dieu ombragée et plonger vers ces quais verdoyants pour choisir un transat de bois avec vue apaisante sur le Rhône. Au contraire de
la Seine parisienne, notre fleuve se met à portée de vue par sa largeur et le peu de distance qui le sépare du bord piétonnier : une proximité et une dimension, d’une rive l’autre, qui favorise le prélassement méditatif. A gauche le pont Lafayette et ses drapeaux flottants (les couleurs de Lyon, la France et l’Union européenne dans un ballet improvisé), en face la presqu’île et ses bâtisses d’un calme olympien, à droite la passerelle du Collège et ses piétons baladeurs. Belle idée de rendre cet espace, jusqu’alors voué à des enfilades d’automobiles garées, aux êtres non motorisés, détendus.
Le samedi, alors que le gros du peuple se restaure ou fait ses achats, j’apprécie d’autant plus les pavés non encombrés.
Tour d’horizon de l’actualité sous l’astre brûlant. La représentation à Heiligendamm a donné lieu à toute la frénésie médiatique inversement proportionnelle à l’efficacité retirable des conciliabules. Certes la rencontre des dirigeants des plus grandes puissances démocratiques (ou déclarées comme telles, selon les critères de la pureté poutinienne) a le mérite de détendre quelques tensions accumulées ou affichées. Pour le reste, jeux d’ombres à l’adresse des crédulités environnantes.
Baptême du feu diplomatique pour un Sarkozy se voulant plus détendu, plus alerte et bien plus volontaire que ses paires.
Mercredi 13 juin
Une vie cocoonée avec BB, sans plus trop s’échiner au suivi relationnel en l’absence de répondant en face. La distance géographique a suspendu ou rompu (l’avenir le précisera) les liens avec les unes, l’affadissement des rapports ou les trajectoires divergentes ont étiolé ou empêché les entrevues avec les autres. Finalement, le néant a du bon : il préserve le temps vagabond.
Sarkozy va décrocher une écrasante majorité parlementaire, ce qui devrait me décider à aiguiser la plume pour fustiger tout ce qui me heurterait.
Reconnaître ses talents politique, stratégique et rhétorique ne doit pas brider son regard critique. L’activisme à tout prix, tics comportementaux compris (tel le léger mouvement d’épaule qui semble dire « c’est bien moi, là, le premier des Français ! »), tout en s’échinant à jouer un coup d’avance pour anticiper les attaques adverses, ne peut empêcher dérives et trébuchages. La dynamique de conquête du pouvoir s’exerce plus facilement que l’exercice gestionnaire et réformatrice des rênes attrapées.
Mercredi 20 juin
22h43. Grosse vague d’éclairs dans le ciel lyonnais et précipitations sonores qu ne parviendront pas à rafraîchir l’atmosphère. La touffeur devient de plus en plus fréquente et précoce les années passants : sans doute les premiers résultats de l’alarmant (ou présenté comme tel) réchauffement climatique.
Parmi les publics pris en charge par Cqfd, un groupe qui réunit des jeunes à socialiser et pour lesquels un projet professionnel pourrait se dessiner. Autant les faiblesses intellectuelles ne me gênent pas, autant la perversion délinquante me révulse.
Sarkozy élyséen et Royal(e) alcôve 
Aux antipodes de cette misère humaine, les sphères du pouvoir politico-médiatiques se sont ébrouées pour le plus puissant impact. Lorsque le premier des politiques invite à l’Elysée le premier des médias, tranchant en cela avec le conventionnel entretien partagé entre France Télévision et TF1, cela incite à aiguiser son sens critique pour passer au-delà du contentement réciproque affiché.
Certes, Poivre d’Arvor tente quelques taquineries ad hominem, sans doute Claire Chazal aurait-elle souhaité se lancer dans de plus mordantes interrogations, mais la petite musique de cet échange convenu ne dépareillait pas de l’usage habituel des interventions présidentielles à la télévision.
L’allant, le volontarisme, le combatif venait uniquement de Sarkozy, parfaitement à l’aise avec ses deux faire-valoir journalistiques. Doit-on mettre cela sur le bénéfice du doute accordé à un président qui va enfin pouvoir s’adonner à l’action réformatrice du pays ? Rien de plus normal alors... Les mois passants, nous pourrons apprécier si la tonalité journalistique rappelle toujours les belles heures de Michel Droit face à de Gaulle.
Le rajeunissement d’une pratique du pouvoir ne doit pas leurrer sur le filigrane réflexe d’être le mieux servi par ceux auxquels vous réservez vos apparitions. De la télévision étatiquement contrôlée, nous sommes désormais pleinement passé au média privé économiquement bénéficiaire de sa complaisance sous-jacente. On titille pour la forme, laissant les attaques de fond à la presse à l’impact bien plus circonscrit.
Pour le reste, rien de nouveau puisque tout gravite autour d’un programme présidentiel suffisamment claironné et légitimé (ou tout du moins légalisé) par le scrutin. 
Face à ce rouleau pourfendeur légèrement freiné par le résultat victorieux, mais pas triomphant, des législatives, le feuilleton socialo-royaliste a rajouté un acte vaudevillesque avec chambres à part et cornes en guise de couronne.
D’une vraie-fausse victoire socialiste, la soirée des dépouillements électoraux a très vite résonné des épuisements de l’alcôve chez la rose bicéphale. Même Feydeau n’eut pas osé cette culbute événementielle. Rien pour rassurer sur la crédibilité d’une rénovation annoncée de la gauche. On savait cette dernière obsédée par les questions de personnes, quitte à s’obstiner à l’individualisme suicidaire (l’extrême gauche se hissant comme parangon dans cette pratique) ; on découvre son principal parti dirigé ou inspiré par une détonante proximité tête-cœur dans ce qu’il a de plus aléatoire.
Apprendre, enfin, que la candidate a porté des propositions auxquelles elle ne croyait pas, dans une posture électorale mensongère sur de symboliques mesures (Smic à 1500 euros brut et 35 heures généralisées), achève le tableau apocalyptique du socialisme version Ségolène.
A suivre avec délectation et en fanfare !
Samedi 23 juin
A l’une des terrasses bordant le Rhône : quelques péniches s’y sont ancrées pour servir boissons et boustifaille aux promeneurs en mal de farniente.
Je reviens du Palais Bondy où Cécile M. a livré deux toiles pour l’exposition Figuration critique.
Ce matin, je lui envoie un texto pour lui proposer qu’on déjeune ensemble. Elle m’appelle alors que je suis encore aux Portes ouvertes de Cqfd, ce qui m’oblige à devoir la recontacter. Messagerie branchée quelques minutes plus tard, je patiente jusqu’à quinze heures, puis je me décide à me rendre au Palais Bondy pour, peut-être, la rencontrer à l’improviste. Curieux hasard : au moment où j’attache mon vélo, texto elliptique de CM : « En réunion avec organisateurs » sous-entendant son indisponibilité pour une durée indéterminée. J’en profite pour faire le tour de l’expo au pas de charge. Juste avant mon départ, j’interroge quelques employés et un monsieur plus au courant, peut-être bien un des organisateurs, m’assure qu’il ne l’a pas vue depuis le début de l’exposition, et n’a été en contact qu’avec ses deux toiles. Je reste sans voix.
Si, effectivement, elle n’a pas mis le pied à Lyon, pourquoi ces inutiles mensonges ? Déception humaine de plus.
Lundi 25 juin
Samedi, rapide entrevue avec Cécile M., portée par sa réussite artistique. Un visage vieilli, mais une âme
pleine d’enthousiasme. Ses combats ont été acharnés pour parvenir à sa position. Elle sera l’une des cinquante artistes européennes retenus par la Chine pour produire un fonds de toiles pendant deux mois. L’un de ses deux tableaux exposés au Palais Bondy à Lyon (La Cène) a été vendu dix mille euros depuis longtemps.
De bien plus modestes atours pour mon évolution professionnelle.
Chiffres qui feraient mourir de rire les jeunots qui ont participé à la foireuse (à moyen terme, mais juteuse à long) aventure de la nouvelle économie. Un documentaire vivant, réactif et légèrement ironique dépeint l’époque pionnière, l’engouement disproportionné puis l’écroulement inopiné. Périodiquement, l’histoire humaine offre ces instants d’enthousiasme pour une féerique avancée de la modernité suivis d’un rééquilibrage brutal et purgatif de ce gonflement. Les débuts de l’électricité ont ainsi connu le même phénomène.
Samedi 30 juin, 0h30
Une moitié d’année épuisée. Nouvelle voiture pour ma BB (et accessoirement moi) : une Grande Punto aux lignes fluides et au confort appréciable. 
Vu ce soir le long, et parfois alambiqué, documentaire sur la trajectoire singulière et controversée de l’avocat Jacques Vergès. Son engagement à défendre ce qui incarne le pire pour la plupart, répond à un profond sentiment de devoir se ranger aux côtés de ceux qu’il perçoit comme les opprimés d’une époque, même si eux-mêmes ont été les oppresseurs à une autre période. Quoiqu’on pense du personnage, sa détermination force le respect.
Oublié de noter mon entrevue, le week-end dernier, avec l’artiste peintre Cécile M., non croisée depuis 1987… vingt ans déjà ! Elle semble épanouie et fière de son parcours qui lui permet aujourd’hui de vivre largement de la vente de ses toiles.
Vendredi 6 juillet
22h35. Les sonorités médiévales de Sting enluthé accompagne
cette fin de soirée au Cellier. Voyage dans la Grande Punto avec le sentiment enjoué de posséder une nouvelle monture plus esthétique, plus puissante, plus confortable… Vrai gamin incohérent avec lui-même. Mes dénonciations vitriolées de l’univers automobile n’ont pas empêché cette vague instinctive du paraître qui me submerge au-delà de toute considération intellectualisée.
Retrouvailles des parents B, de la sœur et de sa petite particulièrement bruyante en cris éperdus ce soir. A chaque fois me revient le regard misanthrope de Léautaud. Comme un élan allergique d’instinct. Pas humainement correct mais [illisible] présent.
Sans doute quelques dosages alcoolisés de trop pour ma carcasse voyagée, je laisse venir les grognes et impressions sans retenue… Faut-il forcément associer qualité et anticipation ? Là c’est du couillon… La létalité de mes scribouillages doit m’alerter sur l’utilité de mes piètres réflexions. Pendant ce temps le sobre Sarkozy savoure l’objectif atteint et peaufine les séductions machiavéliques distillées. Du grand art au regard duquel le dégingandé de Villepin fait figure de trisomique politique.
Samedi 7 juillet, 0h05
Journée grisaille qui n’a pas obéré les diverses activités : une matinée à Saint-Denis C. pour aider Emma et François à débarrasser quelques gravas. Enorme boulot réalisé dans leur demeure, mais encore en cours pour l’essentiel : mur abattu pour obtenir une pièce gigantesque au rez-de-chaussée, électricité refaite, cuisine aménagée… Un vaste nid se dessine au sein de cette Vendée profonde. La localité affichait une prestigieuse, et sans doute impressionnante, manifestation : course effrénée de Solex déchaînés. Du rural jusqu’au bout des mottes !
Après-midi studieuse à saisir l’année 2003 de mon Journal sur un portable surchauffé, celui dont se servait Shue (dont je n’ai plus de nouvelles) en 1996 pour consigner ses recherches irriguant son mémoire de didactologie linguistique. Un matériel qui parvient difficilement aux deux gigas de puissance alors que la clé USB de quelques grammes que je branche dans la Punto Grande cumule huit gigas… Technologie, quand tu nous donnes le vertige...
La petite Ilya de Louise, à quelque quatre mois, transmet souvent ses besoins à travers des cris et pleurs d’une intensité redoutable. Je reste admiratif face au calme affiché de sa mère et de la famille B en général. Je ne dois pas fonctionner de si sereine façon…
Lundi 9 juillet
La grisaille favorise les choses de l’esprit en ce début de pause estivale.
Achevé le premier des six ouvrages en cours depuis quelques mois (quelques années pour certains). Le Boncenne sur Jean-François Revel m’a éclairé sur le parcours intellectuel de ce réfractaire par excellence. Toujours à contre-courant du bon pensé ambiant, il n’a jamais sacrifié ses convictions sur l’autel du carriérisme. Admiration et considération pour cet esprit libre qui, pourtant, présente une trajectoire idéologique opposée à la mienne et affiche des défiances susceptibles de me braquer.
Marqué à gauche dans ses première réflexions sur le monde, il affûte ses piques contre le de Gaulle de la Ve, en osmose avec le Mitterrand d’alors qu’il stigmatisera tant lors de sa monarchie républicaine.
De Gaulle n’avait, bien sûr, rien de l’enfant de cœur, mais quel dirigeant peut se priver des armes cyniques, du pragmatisme cruel et de l’impitoyable manipulation qu’exige l’exercice pérenne du pouvoir, sauf à calquer les séniles fanfaronnades d’un Deschanel en perdition. La crédibilité d’un chef d’Etat tient surtout à son extrême conscience des intérêts du pays dont il a la charge et à sa capacité d’agir pour les servir au mieux. Et ça, de Gaulle les réunissait plus que tout autre.
Revel se complaisait, pour quelques cortex embrumés par le consensus rassurant, dans la stérile posture du polémiste, voire – quelle abjection ! – du pamphlétaire. Voilà l’infâme étiquette avancée. La molle inconstance d’un Roger-Pol Droit souligne cette tare littéraire de l’essayiste musclé, niant ainsi, du haut de son « particulaire » magistère, les plus considérables plumes hexagonales qui ont magistralement vitriolé leurs propos pour rendre consistant leur argumentation. Les Pascal, Voltaire, Diderot et Hugo, par exemple, que Revel publiera dans sa collection Libertés. La grandeur d’être de Revel, ses lumineux raisonnements, la fluidité implacable d’une écriture rayonnante : panégyrique assumé, proclamé, hurlé à la communauté humaine pour qu’elle laisse émerger davantage de ces consciences insoumises. Notre époque affadie en a tant besoin !
Mardi 10 juillet
« Petit mais costaud », « l’homme qui convainc plus vite que son ombre » : les détournements de formules de notre base culturelle pourraient se multiplier pour désigner, de laudative façon, le président Sarkozy. La tendance populo-gauchiste étant de critiquer, souvent avec le simplisme discriminatoire des mauvais perdants, mon instinct réfractaire à cette frange pseudo
généreuse m’incline à l’observation bienveillante d’une présidence débutée sans temps mort. « Omniprésident » ironise François Hollande, jubilant de sa trouvaille, oubliant un court instant le champ de ruines qu’il secrétarise comme charcutier en chef de la farce socialiste, Sert-à-rien général du parti des sots en lice pour… 2012.
L’épreuve européenne a été magistralement abordée : là où les fossoyeurs de la Constitution se sont vautrés dans l’inconsistance programmatique, chacun ne pouvant se projeter au-delà de sa mini chapelle, trahissant tous leurs engagements de constituer une force cohérente et refondatrice des priorités européennes, Sarkozy a emporté l’adhésion des plus sceptiques pour un traité simplifié qui devrait permettre le fonctionnement institutionnel à vingt-sept, malheureusement pas pleinement avant 2014. Les humeurs nonistes des Français puis des Néerlandais auront coûté dix ans à la constitution européenne. Triste ironie pour ceux, à gauche, qui ont bavé victoire au soir du Non français : les trois quarts de la Constitution restent de fait en application puisque ce n’était que la synthèse des traités antérieurs toujours valides ; l’essentiel de la partie institutionnelle est repris par le traité simplifié lequel sera ratifié par voie parlementaire ; seule la Charte des droits fondamentaux (d’inspiration française dans sa tonalité et sa philosophie), refusée par les autorités britanniques saisissant cette nouvelle opportunité de se distinguer, aura été la victime complète des Fabius, Le Pen, Besancenot, de Villiers et Laguiller. Belle réussite que d’avoir permis à la Grande Bretagne de poursuivre son hyper libéralisme dans ses recherches
scientifiques. L’insane Emmanuelli et son patibulaire compère Mélenchon peuvent se réjouir : le droit à l’avortement ne sera plus mis en péril par le « droit à la vie » que consacrait cette maudite Charte pour, en fait, rendre impossible le retour de la peine de mort.
Certains chroniqueurs prévoyaient déjà la première défaite de Sarkozy sur la scène européenne à l’occasion de la réunion de l’Eurogroup. Raté, les ombrageux ! En quarante minutes, il a su argumenter pour la perspective d’un assainissement des finances à l’horizon 2012 (et plus 2010). Jean-Claude Juncker, qu’on ne peut soupçonner de connivences mal placées avec le président français lui a délivré un inespéré satisfecit. On devrait faire la fine bouche simplement parce que les amers de gauche lui prêtent toutes les dérives autoritaires ?
Laisser la présidence de la commission des finances de l’Assemblée nationale à l’opposition, choisir Bernard Kouchner pour un ministère régalien, soutenir la candidature de Strauss-Kahn à la présidence du FMI témoignent peut-être d’un machiavélisme hors norme (Mitterrand ferait presque figure d’amateur : cette perte de magistère amoral chiffonnerait-elle les socialistes !), mais sûrement pas d’un apprenti fasciste.
Le temps des critiques crédibles viendra, mais à force de s’épuiser à l’anti-sarkozysme primaire, les agités de la gauche démontrent leur triste immaturité à assumer une digne opposition, situation politique qu’ils auraient pourtant eu tout le loisir d’expérimenter, de maîtriser et d’affiner : trente-cinq années sur le bientôt demi siècle de la Ve République. En l’espèce, l’expérience ne sert que le pire.
Hier, visite du château des ducs de Bretagne, belle bâtisse dans laquelle devraient se réfugier tous les hurleurs à la dérive autoritaire du pouvoir à la sauce Sarkozy… Tous aux oubliettes, qu’on en finisse !
Mercredi 11 juillet
La grisaille toujours d’actualité sur Le Cellier, je me centre sur la saisie de mon Journal (l’année 2004 commencée ce matin) et la lecture d’ouvrages en cours. 
Langue à croquer
Timour Serguei Bogousslavski et sa Morue de Brixton m’offrent quelques plaisirs stylistiques. Ce récit d’une vie mouvementée, en rupture avec une société saisie au scalpel, pourrait m’inciter à convertir mon témoignage chronologique en cohérence littéraire. Pas encore mûr pour cela. La distance temporelle fera peut-être émerger des détails et affûtera mes propos comme ceux de ce « jeune écrivain de quatre-vingt-quatre ans » en 1998, ainsi que l’annonce la quatrième de couverture de ce pavé aux joyaux incisifs.
A l’avenant : « l’Auriol frottait le trône de son cul social, et j’eus plaisir à me souvenir d’avoir, par élan poétique et mépris d’aristo, pissé, à Alger, dans le tiroir de son bureau ».Pour souligner l’abjection du corps judiciaire faisandé, une charge pamphlétaire du plus bel effet : « Conscient de l’aspect terrifiant et funèbre de son rôle, monsieur le procureur vêtait de noir sa viande que l’on devinait molle sur des os pleins d’orgueil. Après avoir servi le Pétain et sa bande et croqué quelques juifs, il ne rougissait pas d’avoir pendu au mur le noble et fier tarin du général de Gaulle, et il demeurait blême. »
Et comme une implacable généralisation : « Dans le soupir j’appréciai l’esthétique nette et sure de l’état fonctionnaire : un peu de blé dans le goulot et le pantin fonctionne. »
Lucidité inaltérable : « les crimes, les iniquités, les corruptions étant inséparables de l’action politique, seuls les hommes définis par ces actes ambitionnent de s’y adonner et y réussissent. Le tour de leur monde est vite fait, bien qu’il soit sans limites dans ses turpitudes. » Le pauvre Bayrou devrait donc abandonner
toute prétention au trône… Sartre à la fête : Revel l’avait épinglé, Bogousslavski le cloue au pilori. « (…) ce Sartre, animal doté d’un machin mental rare, de talent, et pourtant avec ça nullité spirituelle éclatante. A propos de cet agité, dont l’encre racole encore les amants clopinants de la pensée bancale, il est bon, pour lui donner sa place sur l’échelle de l’esprit, de tirer de l’oubli qu’il fit imprimer et coller sur les murs de Paris la cafetière salvatrice du général de Gaulle pourvue des moustaches d’Hitler… Qu’il y ait parmi les clercs un nombre plus élevé de sots tordus qu’en d’autres espèces devrait être un sujet d’études. »
Mon oncle, coco déclaré et sartrien de fait, avait représenté un de mes grands cousins en cafetière moustachue… une référence indécelable, jusqu’à aujourd’hui, pour le pékin inculte que je suis ! Ce grand cousin, plutôt marqué à droite, s’est fait croquer par l’oncle sans pouvoir imaginer l’attaque clandestine dont il faisait l’objet sous couvert de production affective.
Même le gaulliste Malraux s’en prend une décapante ration : « Ce désir insatisfait m’inspirait devant le faux, le clinquant sottement admiré, et d’abord celui, fleuve, de la tronche à malices et à tics de Malraux, champion incontestable de la frime intellectuelle bien nourrie de bouillie savante. (…) Il me faisait penser à un mérou nerveux, gonflé de verbe[s] creux. »
Le pamphlétaire eut aussi ses admirations : Cocteau, Picasso, Fernand Léger…Quelques trouvailles à encadrer : « Je n’aimais pas me lever tôt, les matins de la capitale puaient la sueur des pauvres et les pets des ambitieux… » ; « Le touriste, cette ordure animée qui salit la Terre de ses pas afin de fuir son vide et prendre des photos pour montrer à d’autres idiots ce qu’il n’eut pas le temps de voir, est la lèpre du siècle… » Je me fais du mal là… 
Et les jockeys, qui eut pensé à les assaisonner : ils « avaient l’air de petits chimpanzés habillés. Ils faisaient jeu de cirque avec leurs culs menus [pluriel curieux], bien trop pour leurs culottes, leurs pattes un peu trop grêles et pas racées du tout à côté de celles des bourrins, leurs blouses de carnaval, leur barda sous le bras pour aller se faire peser comme des poulets ou du fromage sur les marchés. »
Identité de perception via les redoutées cours de récréation : « J’avais en horreur les braillards de mon âge, vulgaires et sots pour la plupart, bêtement brutaux et bruyants. » Tout ce qui emplit les stades à l’âge adulte, tardant à s’entasser dans les fosses très communes.L’art de la description, il s’y adonne jusqu’au jubilatoire : « De sa vaste personne émanait une odeur légère de friture qui semblait donner la nausée à un grand Jésus crucifié, juste derrière lui sur le mur. » Un régal !
Aphorisme déniché : « Croire est le contraire de savoir, c’est le fourbi de la pensée arrangée en blindé aveugle. »
Terrible évidence assénée sur la piètre nature humaine : « Peu d’hommes sont capables de véritable errance, de marcher sur les chemins ultimes de la liberté où nul abri ni gamelle ne sont assurés au bout de la route et de la journée… »
Une autre, en telle symbiose avec mes convictions que je la surécris : « (…) je méprisais la foule, ses basses convictions et leur inévitable crotte : le fanatisme. Semblable au temps ou à la vie, le mépris est irréversible. Tendre la main à un homme, oui et toujours, aux hommes non, et à jamais. »
Enfin, instant d’une nostalgie pour mes fosses de l’irréalisé : « Souvent je songe aux destins à jamais inconnus de ces êtres à peine entrevus et qui pourtant demeurent en moi gravés, et je reçois d’eux la tristesse de n’avoir pu ni su les accompagner, peut-être les aimer, les aider sur l’horrible chemin de jours que toute vie finalement se révèle… » Piocher ça et là dans cette fresque humaine tourneboulante. A lire d’urgence donc.
Jeudi 12 juillet
‘Tite balade à vélo sur les bords de la Loire avec ma BB, entre le Cellier et Thouaré. Goûter à la première après-midi aux consonances un peu estivales. Bords bien plus sauvages que pour le Rhône, les couleurs ondulent par la danse du vent. Dualité paisible qui se laisse porter par ces moments d’évidente harmonie.
Ambiance Tontons flingueurs grinçants dans le groupe parlementaire socialiste de l’Assemblée nationale. Le Sert-à-rien
général Hollande est fidèlement relayé à la Chambre des députés par l’Ayatollah Ayrault, digne héritier du terrorisant Carrier. N’admettant pas que l’un des piliers du PS, Jack Lang, puisse répondre à l’invitation du président Sarkozy d’intégrer une commission de réflexion sur la réforme des institutions, il le menace d’une exclusion du groupe. Le Sert-à-rien Hollande ne désavoue pas, Jack Lang s’irrite et quitte ses fonctions au bureau national du parti, restant simple militant, comme Jospin.
Le grand chantier de la refondation idéologique s’annonce périlleux pour les esprits libres. PS, parti stalinien ? On eût apprécié une identique sévérité à l’égard des Fabius, Emmanuelli et Mélenchon lorsque, contre l’avis des militants, ils ont poursuivi leur campagne destructrice du traité constitutionnel. Là, la faute lourde existait, la déloyauté pendable fanfaronnait, et ce quel que soit les résultats du référendum (vire-t-on de leur poste tous les perdants aux élections qui ont respecté la ligne idéologique de leur parti ?).
Sarkozy va certainement trébucher, décevoir, déchanter face aux réalités multiples qui s’imposent, mais la gauche française n’est pas prête de retrouver les ors élyséens tant que, en interne, elle fera montre d’une telle immaturité, d’un tel ostracisme ringard.
Vendredi 13 juillet
Du bleu d’été au ciel, enfin ! Notre dépendance cromagnonne au climat s’accentue avec l’obsession d’une mise à profit maximale de la période ludique octroyée. Affligeant, mais humain.
Apéritif dînatoire chez Laure et Daniel. Gentil moment pour des échanges sans importance. Leurs enfants poussent, bien sûr : Erwan, petit jeune homme sérieux, fin d’esprit, longiligne de corps, témoigne de son attachement à l’environnement et de sa responsabilisation comportementale ; Lina, à trois ans, avec sa bouille de chipie charmeuse et ses longues couettes blondes, a tout le potentiel de l’espiègle attachante.
Parangon de l’ordure politique qui exploite sans état d’âme les faiblesses occidentales, Kadafi va parvenir à ne pas débourser un sou pour dédommager les familles de victimes de son attentat aérien. En faisant accuser et condamner à mort des infirmières bulgares (donc de citoyenneté européenne) pour empoisonnement au Sida de plusieurs centaines d’enfants libyens, alors que la seule cause crédible pour le professeur Montagnier (et des dizaines de scientifiques) est l’insalubrité
criminelle du système hospitalier, la raclure Kadafi a forcé la porte d’une ignoble négociation financière avec l’Union européenne. Leurs têtes (et celle du médecin palestinien) contre une somme équivalant à celle qu’il aurait dû débourser pour les familles victimes du détritus terroriste enturbanné. La transitivité écoeure : c’est nous, les contribuables européens, qui finançons de fait la salauderie assassine de Kadafi la chiasse. Et le pompon institutionnel est délivré par le nauséeux Machin, l’Ordre des Nuisibles Usurpateurs : par un impénétrable mécanisme du fonctionnement interne, la Libye, et donc le bandit patibulaire jouisseur d’atrocités, se retrouve à présider la Commission internationale des droits de l’homme ! Comme le rappelle l’esprit éclairé : ne reste plus qu’à se croiser les bras et à sourire de désespoir à la face du monde.
Dimanche 15 juillet
Arrivés hier à Tréogat, bien à l’écart du village, dans une charmante bâtisse aux murs anciens aménagée pour le séjour des touristes : en face la demeure des propriétaires qui nous font découvrir les espaces confortable du lieu. Chacun ses appartements, chambre et salle de bain, ce qui nous laisse entrevoir une liberté totale dans nos intimités respectives.
Très vite, le défaut majeur de la maison : l’absence totale d’insonorisation entre les deux étages. Tout entendre du couple voisin : voilà qui va nous contraindre à une sagesse respectueuse des autres par propre sentiment pudique.
Et le gris pluvieux règne toujours… bénéfique pour les plongées livresques et scripturales.
Mardi 17 juillet
Un trio de couples qui s’entend pour faire de ces journées de vacances de sincères moments joyeux, ludiques, dans une improvisation fluctuante.
De Tréogat à Plonéour Lanvern en vélo : la balade prévue est annulée suite à une pédale défaillante du vélo d’Aurélia. Arrêt à un petit restaurant bordant la départementale qui, pour dix euros par tête, vous propose deux entrées (dont une macédoine maison à se régaler), une viande ou un poisson (dont le nom m’échappe, mais qui nous éloigne du sempiternel cabillaud), un dessert et un café avec eau en bouteille et vin en carafe. Incroyable rapport qualité-prix. L’apparente gargote bretonne présente un intérieur décoré avec goût, originalité, voire une ébauche d’avant-gardisme pour un tel lieu (peintures d’art abstrait au mur).
Mercredi 18 juillet
De retour d’une plage vaste, presque déserte et agrémentée de vagues défoulatoires comme je n’en avais pas vu depuis la Pointe espagnole, vers Royan. Du festif sportif qui nous a sainement épuisé.
Une cure d’actualité qui favorise la lecture (enfin achevée hier soir La Morue de Brixton et en passe de finir l’essai d’Umberto Eco) et la saisie de mon Journal (année 2005 entamée).
Jeudi 19 juillet
Vers 13h30. De retour d’une splendide pérégrination de vingt-deux kilomètres à vélo : plage immense et déserte sous nos pneus, quelques sombres vestiges de l’installation nazie qui s’enfoncent au fil du temps, comme avalés par le sable glouton. Retour par les terres sauvages du littoral en suivant dans l’improvisation quelques ébauches de sentiers cahoteux. Un régal pour les mollets, une plénitude pour l’âme.
Hier soir, juste avant l’apéritif, grande et belle émotion en écoutant la bouleversante chanson écrite et composée par Jim en souvenir de grand-mère. Avec des tournures simples et densément suggestives, puisées dans ses multiples moments partagés avec notre chère disparue, il évoque par petites touches sensibles le monde fontésol et l’affection profonde cultivée. Maman se laisse submerger par l’instant pur, Jim ne pourra empêcher quelques larmes de se mêler aux douces notes de cet hommage mélodieux.
Du joyeux, pour la suite de soirée avec la découverte, pour moi, d’une conviviale Fest’noz à Penmarc’h. L’univers breton aux pieds aériens pour des danses en groupe, les participant reliés, le plus souvent, par les auriculaires. De l’authentique bon enfant où les novices se mêlent aux experts en rythmiques locales.
De plus en plus coupé de l’actualité, pour une dizaine de jours encore…
Vendredi 20 juillet
Fourbu, flapi, vanné ! Trente-cinq kilomètres d’un tracé chargé en montées interminables.
Hier, en voulant acheter une carte postale pour l’équipe de Cqfd, je tombe sur le portrait en gros plan du désormais ancien président de la République surmonté d’un titre que l’on attendait « M. Chirac entendu par un juge ». Je n’ai pu résister à l’achat du Monde. Ligne de défense classique : des pratiques dans un contexte législatif inexistant puis incomplet jusqu’en 1995, une nécessité de trouver des moyens de financement pour faire fonctionner la démocratie, aucun enrichissement personnel.
Alain Juppé ayant été condamné pour une des affaires visant aussi Chirac, il serait inique que son supérieur d’alors ne prenne pas au moins l’équivalent. Voyons ce que la Justice a dans le falzar !
Lundi 23 juillet
Hier, clôture du festival de Cornouaille sous un ciel contrasté. Défilé coloré et sonore : les costumes de quarante coins de Bretagne et les entraînants, mais pas débridés, airs au biniou et à la bombarde.
Déambulation à travers les rues de la spacieuse Quimper en quête d’une crêperie, puis, au vu, des établissements complets ou fermés se succédant, simplement d’un lieu où manger : finalement une crêperie (de bonne facture) nous ouvrira sa terrasse déjà bien achalandée.
Passage au musée breton : les collections permanentes pour nous deux, l’exposition La Bretagne de Buffet (sous haute surveillance, paraît-il) pour les deux autres duos.
Depuis deux jours, je traîne rhume envahissant et toux raclante ; les efforts soutenus et prolongés des muscles des cuisses et mollets se font sentir à chaque mouvement anodin des jambes.
Du vélo pratiqué sans dopage, si rare dans les milieux du Tour. Appris que le média télévisé allemand, se chargeant de la retransmission de l’événement sportif hexagonal de l’été, avait décidé l’interruption à la suite d’un nouveau résultat de tricherie à la testostérone pour l’un des membres de l’équipe T-Mobile. Les écuries d’Augias du Tour sont encore loin du reluisant intérieur.
Repris Plateforme de Houellebecq (quatrième ouvrage à achever pendant ces vacances) : des passages troublants sur les rapports humains dans lesquels je me reconnais profondément. L’expérience résonne en écho à la crudité des déclarations de certains personnages ou à l’analyse du narrateur. Bien plus qu’un anodin roman que j’aurais bien vite laissé choir. Il me faudra y revenir pour exposer et approfondir les identifications perçues.
Mercredi 25 juillet
Les rots du roman
Décidément, pas le pied marin pour un brin d’écume. Ile de Sein sous toutes les coutures : pour y accéder et en revenir, passage obligé sur le Biniou II aux mouvements propices à la nausée. Du léger mieux au retour. 
Ile modeste : un cœur de village qui vivote, se meurt par endroit. De mille cinq cents âmes au début du vingtième siècle, à un peu plus de deux cents aujourd’hui. Tour de son rivage dentelé suivi de ses voies pédestres improvisées, farniente sur son unique plage sablée. Du bon temps, mais sans aucun sentiment d’envie de la vie des insulaires.
Plateforme de Houellebecq achevé. De très justes remarques sur le sexe, et notamment cette incapacité à faire don du plaisir.
Deux pages d’une violence inouïe contre la religion musulmane qui aurait dû lui valoir une fatwa en bonne et due forme : « Depuis l’apparition de l’islam, plus rien. Le néant intellectuel absolu, le vide total. Nous sommes devenus un pays [l’Egypte] de mendiants pouilleux. Des mendiants pleins de poux, voilà ce que nous sommes. Racaille, racaille !... ». (Sarkozy avait-il plongé dans Houellebecq avant ses déclarations sur les cités à nettoyer ?) Et pas mieux sur les musulmanes : « Des gros tas de graisse informes qui se dissimulent sous des torchons ».
Il paraît que les interviews et déclarations de l’auteur de ces lignes (après un entretien fracassant au magazine Lire) alambiquaient suffisamment ses positions dites réelles pour éviter sa mise en danger. Le roman peut vraiment devenir le genre littéraire des lâches qui n’assument pas pleinement leurs opinions tranchées.
Comment croire un instant que ces développements incendiaires contre les méfaits de l’islam, simplement parce qu’ils sont attribués, sous la forme d’un long monologue, à un personnage fictif, ne reflètent pas l’intime conviction du concepteur ? Travers du roman qui est déclaré soit simplement distractif, évasion baveuse avec la médiocre vie par procuration offerte aux lecteurs, soit à thèmes réfléchis mais qui n’appartiennent surtout pas à l’auteur lui-même. Un trompe l’œil hypocrite qui permet tous les excès qu’auteurs et lecteurs de ce genre sont les premiers à considérer comme intolérables, indignes de la littérature, dérisoires car extrêmes, lorsqu’ils forment un pamphlet.
Même chose pour le Journal : faire figurer des insignifiances, des fadaises, du détail inutile dans un roman, et la transcendance fictionnelle sublime et justifie tout. Faites de même comme
diariste et vous n’aurez que les foudres méprisantes de ce beau monde littéraire qui protège jusqu’à la mauvaise foi sa poule romancière aux crottes d’or.
Il faudrait un jour purger l’univers des lettres de cette enflure disproportionnée qui lamine les autres branches de la littérature.
Jeudi 26 juillet
Dernier vrai jour de vacances avant le retour via Le Cellier et un dimanche de remise en condition pour la rentrée professionnelle.
Le gris du jour s’apparente à celui d’hier, crachin breton en moins, pour l’instant. Ces conditions anti-estivales ne nous ont pas empêchés une promenade en vélo vers la pointe de la Torche, eldorado pour les surfeurs locaux.
Soirée sous le signe de la succulence culinaire : Les Ondines à Saint-Guénolé ont exalté nos sens. Pour moi : alliance de ris de veau et de queues d’écrevisses pour commencer, panaché de poissons au beurre blanc pour continuer et soupe de truffes pour achever.
Pour ces dernières heures, virée avec ma BB à Concarneau, notamment.
Dimanche 29 juillet, 22h20
Extinction précoce des feux pour retrouver la route professionnelle dès demain matin, malgré un emploi du temps léger. Août sera centré sur les deux groupes de socialisation, pas le plus excitant pour le contenu et le type d’auditeurs… de l’alimentaire, en somme, que je dois assurer à défaut d’autres ressources.
Ma BB souffre de points très douloureux dans le dos depuis nos promenades frénétiques à vélo dans le Finistère. Une douleur telle, la nuit dernière, que la nuit s’est entachée de vagues de larmes qui m’ont touché et désemparé.
Le vélo révoltant, pour le Tour 2007, dont je n’avais pas suivi la succession de triches dopées découvertes. Bilalian, le chef du service des sports de France Télévision, n’a pas manqué de rappeler les exigences, utopiques, de ce sport. A voir ces coureurs batailler sur les Champs Elysées, on ne pouvait douter
de l’irrésistible attrait, pour une part d’entre eux, de se dispenser de l’éthique pour tenter l’aventure interlope et nocive. Le Tour a d’ailleurs consacré un maillot jaune non exempt de soupçons. Réalité et rumeurs alourdiront encore pour des années les férus de la pédale.
Pour de Villepin, la brasse coulée prend des allures de noyade programmée, à la façon d’un Juppé chevelu, chevaleresque, mais lui aussi victime de l’insubmersible Chirac.
Vendredi 3 août
Ambiance des grands départs et des nostalgiques retours gare de La Part Dieu : quai bondé et un train pour Bordeaux pris d’assaut et ne suffisant pas à la foultitude, changement de quai pour celui qui devait lui succéder et que je vais investir sans ma BB qui entame ses trois jours de labeur.
Destination Vesoul via Besançon pour un samedi dédié au kayak chez Sarah : Karl sera absent (séparés, ils sont restés bons amis) pour cause de farniente corse. Je partagerai ce sport estival avec quelques amis de la jeune femme.
Comme lecture de voyage (huit heures de train cumulées pour cet aller-retour), j’ai repris dans ma bibliothèque le …Vous avez dit Serrault ? qui s’y serrait depuis quelques années et que les ouvrages en cours m’inclinaient à ne pas ajouter.
La mort de l’attachant comédien et, très secondairement, mon achèvement de quatre titres au cours des vacances, m’a affectivement conduit à plonger dans son autobiographie. De sa turbulence enfantine, il fit une générosité joyeuse de l’interprétation.
14h25. Appel de Sarah m’indiquant qu’un de ses amis était bloqué du dos et ne pouvait donc pas venir avec sa compagne. En filigrane je décèle une annulation totale du séjour ! Me voilà en route vers Besançon, avec des billets en tarif séjour non remboursables, et menacé de devoir rejoindre mes pénates de façon prématurée. Curieuse arithmétique : nous devions être sept. Deux absents, reste cinq, égal zéro ! J’attends son appel pour décision finale.
18h05 Et voilà, départ de Besançon pour retour au bercail ! Grisant week-end amorcé. Je n’en veux point à Sarah victime de ses amis lâcheurs (deux vagues d’annulation dont la dernière ce jour à 13h). Je n’allais pas lui demander de rejoindre Villers, depuis Strasbourg, avec son petit ami (un certain J-F) pour une villégiature expresse à trois vide de sens.
Je risque, tout de même, de développer une méfiance accrue envers ce genre de projet festif.
Retour chez le bon Serrault et sa pétillante existence au gré des représentations, sketches et tournages. Occasion de retrouver la si attachante galerie des acteurs et comédiens comiques, ceux qui ont distrait mes sombres années tiraillées. Leurs films me dispensaient d’une quelconque prise de psychotropes : les 90 ou 120 minutes de baume dopant suffisaient pour se colleter aux
tracas quotidiens et aux trognes persistantes. L’implacable bonhomie de Blier, l’indomptable furie de Louis de Funès, les envolées foudroyantes de Francis Blanche, la frénésie inventive de Darry Cowl, la victimisation rigolarde de Carmet, les bougonnements ravageurs de Jean Yann, les sursauts pétaradants de Prévost et, bien sûr, la maximalisation géniale du pince-sans-rire de Poiret : univers revigorant du plus attachant et déconneur de tous, l’ami Serrault, ange rieur de l’humanité.
Samedi 4 août
Ouvrez, ouvrez la cage au Serrault !
Depuis un reposant espace ombragé du parc tête d’Or.
Voilà bien longtemps que je n’avais englouti si vite un bouquin. Le décès de Serrault a détoné en moi jusqu’à rendre indispensable de retrouver son autobiographie enserrée depuis quelques années sur une étagère de bibliothèque.
Pas un chef d’œuvre de style le …Vous avez dit Serrault ?, pas ce que j’espérais d’ailleurs, mais l’authentique témoignage d’un grand saltimbanque.
Glouton à faire filer les pages pour que revive densément le clown imprévisible aux planches explosives : son enfance truffée de turbulences qui prédestinaient l’insatiable garçon ; l’amorce religieuse dont il gardera une humanité sans détour, presque outrancière ; ses débuts d’artiste avec sketches
enchaînés et nuits blanches frénétiques ; l’évidence essentielle de ses deux Rencontres, Nita l’amour d’une vie, Jean l’amitié cardinale ; sa conception du métier d’artiste, naturel et liberté talentueuse, un peu à la façon du style littéraire d’un Léautaud qu’il incarna gouailleur et tranchant à souhait ; son ancrage au cinéma et son enclin pour les personnages ambivalents.
Serrault a su cultiver et propager l’irrévérence et le sens de l’absurde. Son physique ordinaire
permettait d’animer sans fausse note les plus antagonistes caractères et dévoilait une singularité attrayante de l’âme. Sa dextérité à improviser au théâtre, pour extraire la plus enivrante des folies en cohérence avec l’instant, pousser un peu plus loin la scrutation des délires humains, irradiait les œuvres mises en scène. 
Serrault, une fresque humaine : l’abject Rico, meneur de ces putains de hooligans franchouillards, qui aurait écrasé la tronche du gentil clochard de La Belle Américaine s’il avait soutenu l’arbitre ; les crises savoureuses d’Albin, alias Zaza Napoli, hurlant sa détresse à l’oreille alerte du bienheureux Louis Martinet, avant de courir à
sa perte, se croyant désiré par l’infâme Marcel Petiot ; le sombre docteur aurait été le pire des compagnons de cellule pour le condescendant Martinaud sous étude tyrannique du flic soupçonneux ; le curieux libraire Rondin des Gaspards aurait-il pu côtoyer l’amer Arnaud, n’aurait-il pas préféré se rapprocher de l’infréquentable Albert le Cagneux des Assassins et Voleurs ?
Ne pas répondre, surtout pas : la magie Serrault tient dans l’ambiguïté de ses interprétations, celle qui magnifie les œuvres et, souvent, explore nos perditions profondes et nos potentielles folies.
Dimanche 12 août, 22h50
Malgré le temps incertain, décision de goûter à la marche bucolique avec ma BB dans les environs de Tarare. Une montée costaude pour amorcer le parcours : le cœur s’emballe vite et je laisse ma douce prendre quelque avance que je grignote dès l’horizontalité retrouvée. Une nature verte et des sols gorgés d’eau témoignent de l’été non conventionnel qui s’impose.
Eu quelques nouvelles d’Elo par Msn ce soir : nouvelle coupe qui lui sied à merveille, une histoire qui s’affirme avec son Julio et une reprise du pinceau avec quelques toiles colorées en sortie. Vu aussi, en photo, sa ‘tite nièce, cinq ans, avec tous les attributs et le caractère de l’adorable chipie. Elo ressent mal ses longs séjours à Saint-Cyr, synonymes de nounou improvisée pour elle.
Oublié de noter d’autres disparitions estivales, notamment celle
d’Henri Amouroux, historien et penseur à la voix posée. J’ai encore la musique de ses participations au débat sur l’actualité qui se tenait le vendredi soir sur France Inter. Avec ses bretteurs de circonstance, les Leroy, d’Ormesson et autres réactifs, il rendait attractif tous les thèmes porteurs du moment. Je crois me souvenir qu’il n’hésitait jamais à stigmatiser les méfaits de l’idéologie communiste.
Big Média, dans sa rapide nécrologie, a souligné, comme une prétendue tache dans son exemplaire parcours, qu’Amouroux avait été entendu comme témoin à décharge dans le procès Papon. Encore le simplisme médiatique au service du bien-penser ambiant : pour avoir suivi de longs passages du procès, on ne peut que constater la complexité de la posture passée de l’accusé. Remettre dans le contexte historique l’analyse critique assénée par les ronfleurs de certitudes, comme l’a tenté cet esprit fin, garantit une plus sure équité intellectuelle que celle des censeurs haineux avides d’un pugilat judiciaire. Amouroux a eu la si rare élégance d’une fidélité sans faille à ses convictions, y compris lorsqu’elles fusaient à l’inverse du consensus social, surtout lorsqu’elles contrecarraient les antiennes officielles. Amouroux, Revel : voilà les esprits lumineux de la France du Vingtième siècle, et non l’insane Sartre à l’idéologie criminelle…
Encore une semaine légère avec un férié au milieu.
Mardi 14 août
Encore une après-midi de détente à choper quelque couleur mate au parc Tête d’Or. Si la rentrée professionnelle se profile chargée selon le rythme crescendo à partir de la mi septembre, les semaines d’août se limitent au strict nécessaire pour que la boutique tourne encore.
Passage exprès hier soir de Louise et de sa petite famille pour rejoindre dès ce jour Le Cellier pour quinze jours de détente chez les grands-parents d’Ilya.
Parmi les décès d’été, infiniment moins regrettable que ceux
évoqués récemment : celui de l’officier SS ayant ordonné le massacre d’Oradour-sur-Glane, le sinistre Heinz Barth. A son procès, il ne déclara qu’un seul regret : qu’il y ait eu des survivants à cette tuerie organisée. Quatorze années de taule effectuées par ce criminel majeur, libéré en 1997 selon les critères humanitaires du pays incarcérateur. A noter, sur le plan juridique, que le sanguinaire a été condamné pour crime « de guerre » et non « contre l’humanité » et qu’il s’inscrit en cela dans la sordide tradition guerrière des impitoyables massacreurs dépourvus d’un semblant d’humanisme auquel se raccrocher. De la pure brute congénitale dont il faudrait alléger à l’extrême le parcours judiciaire : juste les laisser crever en souffrances entretenues. Tout en l’écrivant, je reconnais l’absurdité simpliste du souhait talionien.
Achever ce Manus XV avec un petit tour visuel de la luxuriante nature de ce petit coin calme du parc ouvrant sur la roseraie : un vert cocon d’harmonie qui atténue les fracas du monde à ramasser sur l’air émouvant des Feuilles mortes du feu Gainsbourg.
Mercredi 15 août, 23h20
Quelques degrés de trop pour apprécier le charme d’une ville au calme. Matinée et début d’après-midi en compagnie d’Elo à déambuler dans le parc Tête d’Or, les nouveaux bords du Rhône avec halte déjeuner, et quelques artères lyonnaises avec intermède cinéma (le distrayant Ivan tout puissant). Occasion de suivre son actualité familiale, sentimentale et professionnelle : naissance, hier soir, du second enfant de sa sœur, une mère toujours aussi possessive et invivable, une relation de cœur qui se pérennise et de bons contacts dans son travail. Elle songe, déjà, à une installation dans la région de son compagnon (vers Tignes) et à la conception d’un enfant dans trois ou quatre ans. Coup de vieux pour moi, merci Elo !
Nos cieux paisibles nous permettent le luxe de ces insouciants et si agréables moments de complicité. D’autres contrées, en parallèle, n’en finissent pas de saigner à gros flots : l’Irak occupe,
bien sûr, l’écoeurante place d’honneur. L’attentat du jour établit un nouveau recors dans la tuerie de masse depuis 2003 : en quatre explosions à l’adresse d’une minorité religieuse sise en région kurde, c’est plus de deux cents morts et quatre cents blessés obtenus par les terreurs intégristes à étiquette al qaïdienne.
A qui la faute de cet interminable chaos ? Aux Etats-Unis pour la plupart et selon le simplisme ambiant. Que serait-il advenu si l’on avait laissé en place le sanguinaire Saddam et pérennisé les rodomontades diplomatiques ? Quel naïf peut croire que la nébuleuse terroriste n’aurait pas visé d’autres points d’ancrage ? Le terrorisme a horreur de négliger les terrains faciles.
Samedi 18 août
Parc désert, lac paisible, si loin des agitations boursières. Le libéralisme à tout prix, étendu à l’économie virtuelle, connaît sporadiquement ces hoquets, décrochages qui paniquent les détenteurs de titres. On peut être pour le capitalisme, sans réserve, et considérer comme caverneuses les hystéries de la finance mondiale.
Internet a eu sa bulle boursière inconsidérément gonflée pour, un beau jour, ruiner les plus aveugles. Depuis, pourtant, Internet grandit toujours, tel un univers en expansion, et fait la fortune
des plus avertis. La marque Google n’est-elle pas reconnue comme la plus chère du monde, avant Microsoft et Coca Cola ? Les pionniers de cette dimension du réseau mondial n’avaient donc pas tort de croire aux potentialités économiques du système virtuel, mais le grégarisme amateur a fait imploser les valeurs attribuées à des milliers de jeunes pousses du Net.
Si on doit pointer l’inconséquence d’organismes financiers atteints de prêtite aiguë, si l’on doit soupçonner les agences de notation des émetteurs d’emprunts, au mieux, de s’être vautrées dans la complaisance, au pire d’avoir masqué les difficultés de ces organismes qui les financent, on ne peut se limiter à la stigmatisation des boucs émissaires qui évitent de s’interroger sur la tare consubstantielle.
Aujourd’hui, toute la complexité des causes des baisses boursières ne doit pas occulter la simplicité dérisoire du suivisme, de l’amplification des rumeurs, de la méfiance soudaine, du chaos cultivé. De vraies grossières ficelles psychologiques qui déterminent, et c’est là le point inquiétant, une bonne partie de la santé économique mondiale. Poupées gigognes non décoratives, plutôt du genre affligeant, où la tête d’épingle incommode le tout.
Comme souvent, ce n’est pas le système qui présente des vices, mais les vices humains qui dénaturent le système. Primaires de Cro-Magnon pour encore longtemps, nous sommes.
Mercredi 22 août
Ça renifle la rentrée, alors que ma semaine s’est allégée au maximum pour rattraper les heures qui me sont dues. Le talon de Big Sarko
La présidence a repris (si elle l’avait jamais délaissé…) son
rythme médiatique frénétique. Une flopée de réunions par-ci, pour afficher la réactivité dans l’action, un enterrement par là pour la teinte d’humanité et d’émotion transpirante, quelques déclarations fracassantes, enfin, pour ne perdre ni la main, ni la parole.
Rendre compte de chaque battement de cil de l’« hyperprésident », pour reprendre le néologisme du Sert-à-rien général du PS, est devenu la spécialité de Big Média. Le Big Brother d’Orwell a donc tourné tous les feux de la rampe vers lui, au risque d’une saturation.
Y verrait-on, sous l’apparente complaisance, un plan ourdi contre Sarkozy pour griller peu à peu l’adhésion sondagière qui ressort pour son action ? Boutade délirante, sans aucun doute.
Jeudi 23 août
L’abondance humaine à nouveau dans les artères, veines et capillaires lyonnais.
Oublié de noter trois découvertes Internet concernant la famille. Jim, d’abord, signalé comme singing-guitarist sur un site annonçant la sortie de Rush Hour 3. Il nous avait évoqué sa participation à une scène face à la vedette de la superproduction américaine. Il semble que le plan ait été conservé. Peut-être que son interprétation complète du morceau sera reprise dans le DVD.
Bruce, ensuite, qui a référencé ses toiles sur un site ouvert aux artistes peintres. Une biographie truffée de fautes, mais des toiles, pour certaines, subjuguantes d’expression torturée. Une mise en fresque de ses tourments à laquelle il faut reconnaître un certain talent, ce qui ne m’anime, cependant, d’aucune bienveillance envers lui face aux salauderies commises. Simple constat technique d’œuvres réussies, mais engendrées par un antipathique personnage.
Raph, enfin, longiligne bout d’chou inscrit dans une équipe de volley et qu’Internet régurgite aussi de sa mémoire tentaculaire. Le talon de Big Sarko
Big Sarkozy satisfait encore plus de 60 % de Français et cette base ne s’étiolera pas facilement pour l’analyste Pierre Giacometti : pas du soutien de dernière heure qui s’évapore au
premier coup dur politique, à la première grogne sociale.
Son talon compensé d’Achille ne doit pourtant pas être minoré : la surmédiatisation en fait la première cible pour une opposition qui se cherche encore.
Même l’agité fringuant Chirac, en 1995, savait se ménager des retraits et laisser son Juppé de Premier ministre assumer le charbon de la politique gouvernementale. Ici, dans cette neuvième mandature présidentielle, l’Elysée préserve de fait Matignon qui accomplit dans la discrétion les projets claironnés avant le six mai.
Comment juger, alors, le traitement médiatique des actions et prises de position du nouveau président ? Sans aller jusqu’à la complaisance, peut-on évoquer une prédisposition favorable du corps majeur de Big Média qui ne laisse émerger que de rares appendices hérissés contre ce réflexe pavlovien ?
L’esprit féru de liens, de parallèles à établir, pourrait tenter de lancer une passerelle vers les années Balladur, 1993-1995, alors puissant Premier ministre cohabitationniste, soutenu par
l’ambitieux Nicolas Sarkozy, qui s’accordait une lune de miel prolongée avec les journalistes, au point de croire (grâce aussi au fortifiant sondagier, convenons-en) à son destin présidentiel. Le diapason peuple-média ne résistera pas à l’échéance électorale, l’Edouard majestueux, gélifié dans sans convenances désuètes, ne collant plus à l’aspiration populaire d’un renouveau dynamique au revigorant goût de pomme verte.
Big Sarkozy a donc surpassé son maître d’alors, Sage de Matignon, en offrant son activisme à cette caisse de résonance jusqu’à présent bienveillante et en phase avec l’attente majoritaire.
L’onde néfaste, marquant le retournement de l’opinion, devrait se renforcer si le dynamisme déployé est en décalage avec les résultats ou le sentiment de résultats obtenus. Un agacement se propagera chez le peuple amnésique, friand de têtes de Turc déresponsabilisantes, et Big Média emboîtera le pas face à l’incontournable vague désapprobatrice. A moins qu’un scandale, une affaire impliquant l’Elysée ne ragaillardisse le microcosme médiatique enclin à brûler ses idoles.
La France anti Big Sarko tiendra alors sa revanche, se cherchant pourtant toujours un leader naturel crédible. 
Scénette ordinaire de la vie politique française qui masque les pôles réels d’influence sur la conjoncture nationale, sujet ô combien moins sexy que le bourrelet du chef d’Etat effacé en exclusivité pour Paris Match.
23h45. Achevé le blog de vacances A nous le Finistère et invitations envoyées à la famille et à quelques amis. Occasion de rappeler l’existence de deux autres blog-photos à accès restreints : pour les noces d’émeraude des parents B et pour les vacances en Corrèze de l’été 2006.
Cet univers bloguien, s’il est bien abordé, peut constituer un loisir constructif de grande qualité.
Météorologie de notre été pourri et des extrêmes climatiques forment une part notable de l’actualité quotidienne. De l’ouragan Dean (?) ayant sévi en Martinique, à la Guadeloupe et dans le Golfe du Mexique, aux pluies diluviennes en Europe du Nord contrastant avec les fournaises persistantes de l’Europe du Sud, une France négligée par l’été et un pôle Nord en situation de fonte accrue : du plus anodin focalisé, au plus fondamental pour les conséquences planétaires, le rythme et les à-coups climatiques s’imposent à nous, qui oublions si facilement l’exigence d’humilité face à ces facteurs incontournables.
Mercredi 29 août, 23h30
Six jours d’enfer pour la Grèce, un Etat stigmatisé pour son
incurie, quelques promoteurs immobiliers soupçonnés d’avoir commandité des pyromanes pour ces infectes besognes, mais aucune critique contre la réactivité de l’UE. C’est même l’autosatisfaction pour la porte-parole du Commissariat européen à l’Environnement qui se félicite de la vivacité de réaction de pays membres. Ainsi, la soixantaine de pompiers français (le double de ceux envoyés par… Chypre !) a-t-elle dû être déterminante dans cette bataille parmi les trois mille Grecs (pompiers et soldats) mobilisés contre cette tragédie. Non, satisfaits nous sommes, tout comme les instances européennes, même si l’idée d’établir une « troupe européenne de protection contre les incendies » est évoquée.
Curieuse réaction des médias qui varie selon le supra pouvoir en cause. Aux Etats-Unis, après le passage de Katrina, l’incapacité des autorités fédérales à réagir dans les temps et avec les moyens requis avait été surabondamment soulignée.
Aujourd’hui, pas un soupçon de reproche à cette quasi léthargie de l’UE qui n’a rien proposé de conséquent à la Grèce et s’en est remise aux Etats membres volontaires. Certes les quatre Canadairs français ont dû constituer un apport non négligeable, mais pour le reste, c’est du symbolique bonne conscience pour se dire : j’y étais, on ne peut donc rien me reprocher comme Etat.
Vendredi 31 août
Merci à toute la troupe satisfaite du rejet du traité constitutionnel : ce n’est qu’une Europe économique qui a été conservée. Pas d’autre élan, surtout face à un tel drame. Chaque Etat conserve l’essentiel de ses moyens sans qu’on puisse noter de réelles différences entre la solidarité affichée par des Etats tiers à l’UE et celle de membres par statut plus proches des contrées grecques.
La compassion gesticulatoire ne peut se prévaloir d’une once d’efficacité.