Achevé le premier des six ouvrages en cours depuis quelques mois
(quelques années pour certains). Le Boncenne sur Jean-François Revel m’a
éclairé sur le parcours intellectuel de ce réfractaire par excellence. Toujours
à contre-courant du bon pensé ambiant, il n’a jamais sacrifié ses convictions
sur l’autel du carriérisme. Admiration et considération pour cet esprit libre
qui, pourtant, présente une trajectoire idéologique opposée à la mienne et
affiche des défiances susceptibles de me braquer.
Marqué à gauche dans ses première réflexions sur le monde, il affûte
ses piques contre le de Gaulle de la Ve, en osmose avec le
Mitterrand d’alors qu’il stigmatisera tant lors de sa monarchie républicaine.
De Gaulle n’avait, bien sûr, rien de l’enfant de cœur, mais quel
dirigeant peut se priver des armes cyniques, du pragmatisme cruel et de l’impitoyable
manipulation qu’exige l’exercice pérenne du pouvoir, sauf à calquer les séniles
fanfaronnades d’un Deschanel en perdition. La crédibilité d’un chef d’Etat
tient surtout à son extrême conscience des intérêts du pays dont il a la charge
et à sa capacité d’agir pour les servir au mieux. Et ça, de Gaulle les
réunissait plus que tout autre.
Revel se complaisait, pour quelques cortex embrumés
par le consensus rassurant, dans la stérile posture du polémiste, voire –
quelle abjection ! – du pamphlétaire. Voilà l’infâme étiquette avancée. La
molle inconstance d’un Roger-Pol Droit souligne cette tare littéraire de
l’essayiste musclé, niant ainsi, du haut de son « particulaire »
magistère, les plus considérables plumes hexagonales qui ont magistralement
vitriolé leurs propos pour rendre consistant leur argumentation. Les Pascal,
Voltaire, Diderot et Hugo, par exemple, que Revel publiera dans sa collection Libertés.
La grandeur d’être de Revel, ses lumineux raisonnements, la fluidité implacable
d’une écriture rayonnante : panégyrique assumé, proclamé, hurlé à la
communauté humaine pour qu’elle laisse émerger davantage de ces consciences
insoumises. Notre époque affadie en a tant besoin ! (9 juillet 2007)


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